Mon témoignage [ Partie 01 ]

Bonjour,

Attention ! Je ne suis pas diagnostiqué, donc je ne suis pas Asperger, jusqu’à preuve du contraire. Je vais bientôt me faire diagnostiquer, ou pas. Je mets mon témoignage ici car mes troubles sont les mêmes qu’un autiste, c’est tout.

J’ai acheté un livre sur l’autisme, par hasard, je savais au fond de moi que je devais l’acheter, comme si celui-ci me tendait des bras. C’est le livre de Daniel Tammet, sûrement connu ici.

Effectivement, j’ai eu raison de me laissé guider par mon instinct. Ce livre m’a appris un bon nombre de choses, que j’avais oublié, ou auxquelles je n’avais jamais eu de réponse depuis tout, tout petit.


D’abord, en ce moment je suis en train d’essayer d’éclaircir mon propre mystère, car je ne me connais pas encore, j’ai plein de questions sur ma personne, bien moins qu’avant puisque j’avance.

Ma mère m’a dit, que tout petit, j’étais déjà très maniaque. Bizarre d’être maniaque vers 4 / 5 ans voire moins, non ? Je l’ai d’ailleurs toujours été, bien qu’à présent je le sois plus vraiment, je n’ai plus le temps, je préfère lire.
Plus jeune, j’étais très soigneux, j’adorais classer les livres et tout ce qui pouvait se classer. Mes livres étaient donc classer par taille, à vrai dire je ne supportais pas avoir un livre plus petit dessus un plus grand. Je dépoussiérais tous les jours ma chambre. Comme ça, je vidais mes tiroirs, bibliothèque et je rangeais après ; un vrai petit plaisir.
J’adorais aussi aller chez mes amis pour ranger de fond en comble leur chambre. J’ai d’ailleurs un ami, qui lui avait une chambre immense, et même une salle de réunion ( c’est le fils du concierge de mon ancienne résidence ) et je restais des heures à ranger.
Il m’est même arrivé plusieurs fois, de balayer tout le parc du sables et des graviers qui s’étaient échappés. Ca m’occupait toute l’après midi.
Quand mes parents partaient, j’aimais bien avoir tout rangé dans la maison, pour qu’ils soient content, en plus, cet environnement, classé, me rassurait.

Ma mère me racontait, que quand j’étais très jeune ( j’ai 24 ans ), je ne pleurais jamais, j’étais très autonome, je me suis habillé tout seul très jeune, j’ai été propre très jeune et j’ai parlé très vite, mais j’ai marché assez tard ( presqu’à 2 ans. ) Elle m’a dit que j’étais très silencieux et quand elle me mettait dans un endroit, de la voiture ou de l’appartement, je restais là, j’attendais, sans dire un mot.

Cette habitude, de ne jamais me plaindre et de ne pas parler m’est restée encore. J’ai d’ailleurs, suite à un drame dans ma famille, été presque deux ans, sans parler ( quasi muet ) ce qui ne s’est pas vraiment vu vis-à-vis de ma famille, qui en avait l’habitude. C’est surtout à l’école que j’étais victime de moquerie, d’interrogation qu’ils se faisaient entre eux, même si je ne le savais pas toujours. J’ai même subi ces moqueries très ouvertes de mes professeurs : << tiens ! Il parle... ou bien écoutons le tous, les raretés s'apprécient à leurs justes valeurs... >> des trucs du genre.

J’avoue que pendant ces deux ans, j’en ai profité encore plus que d’habitude, quand j’étais pas dans mes pensées, à regarder les autres. J’étais fasciné, fasciné par leur façon de faire : comment font-ils pour se faire des amis ou comment font-ils pour faire semblant de s’intéresser à des choses inintéressantes ? Oui car, jusqu’à un certain âge, il n’y a pas si longtemps que ça en fait, je croyais que quand les gens parlaient de la pluie et du beau temps, c’était un jeu entre eux, une sorte de théâtre mais qu’en réalité, tous savaient que c’était ennuyeux…

J’ai donc, très jeune essayé de me faire des amis comme tout le monde, je me savais différent, mais je ne voulais pas être pointé du doigt à cause de ça. Mais je n’y arrivais pas, ce qui m’intéressait n’intéressait pas grand monde. Les seuls amis que j’ai eu en fait, étaient des amis de quartier ( 4 ou 5. ) dont le fils du concierge, que j’ai gardé très longtemps, en passant par des périodes où je ne voulais voir personne et ensuite rebelotte.
A l’école, ils devaient, consciemment ou inconsciemment sentir ma différence, car j’en étais exclus.
En fait, plus ça allait, et plus c’était pire. J’avais de plus en plus une sorte de rattachement de ma personnalité et un détachement des autres.
Le fait d’avoir imité pendant tout ce temps, m’a valu de très très belles déprimes durant de longues années et des gros  » pétages de plombs « . Ca va mieux depuis que je commence à savoir.

A 16 ans, mon ex copine est arrivée. Elle a été très favorable à ma construction. En fait, elle m’a pris dans un sale état, comme un puzzle, au moins 10 000 pièces, et s’est  » amusée  » à tout reconstituer. Le travail a été dur.

Avec elle j’ai découvert ce que voulait dire véritablement sourire, un vrai sourire, ce que voulait dire aimer etc.
Elle m’a montré ce que j’étais par rapport à la  » norme  » que je n’avais pas capté. Ca aide à comprendre un grand nombre de choses.

Elle s’étonnait que je ne regarde pas de film comique ou de spectacle humoristique donc elle m’en a passé, mais je ne riais pas. Elle me disait que c’était drôle et qu’il fallait rire. Je lui demandais bêtement : Pourquoi et pourquoi faire ? Avec un regard soupçonneux.
Elle m’a montré que ça pouvait détendre, mais je n’aime pas toujours ça. Elle m’a appris ce que c’était que le second degrés, à vrai dire, je ne comprenais pas vraiment pourquoi c’était drôle en même temps.

Elle m’a emmené en boite de nuit, j’ai réussi à me défouler après un long moment, elle me demandait de faire comme si les autres n’étaient pas là, ce n’était pas très dur ça à vrai dire, mais pourquoi fallait-il danser. Elle m’a demandé de le faire sans trop me poser de question. Moi, pour ressembler aux autres, je me suis mis, tout d’un coup à danser, mais j’étais pas en rythme me disait-elle. Oui mais je suis dans mon rythme je disais. Enfin bref, je n’aime pas danser, n’en voit pas l’intérêt et je suis bien content d’avoir arrêté.

Il y des moments, où elle me disait que je devais être triste parce que le film était triste. Ah bon ! Lui répondis-je, quel intérêt…
Après j’ai commencé à réussir à pleurer, je pensais à des choses de mon passé qui étaient triste et ça marchait. C’était un bon début.

Ensuite, elle s’est attaquée aux interactions. Elle disait que je n’étais pas en accord avec les autres, entre les sous-entendus et le premier degrés que je prenais au pied de la lettre, des moments où il fallait sourire alors que j’avais du mal à savoir quand et être en accord avec mes paroles. Des fois, je disais quelque chose pas méchant du tout, même gentil, mais parraît-il, ma tête était pas très gentille, mon ton trop speed ou mes paroles trop basses ou trop fortes. J’étais perdu.

[ Anecdote ] Quand mon ex belle-mère me disait, pour rire : << Mais tu t'es trompé de jour ou que fais-tu ici >> alors qu’elle m’avait invité et que c’était le bon jour et la bonne heure, et bien moi, je repartais. Sans comprendre
et un peu vexé.

On s’est entraîné, et elle a réussi à me faire comprendre tout ça. Ma chance là dedans, c’est que je comprenais très vite, sauf si elle me parlait de façon abstraite, là, je ne saisissais pas. Il fallait que ce soit concret.

D’ailleurs, ma maniaquerie, je crois qu’elle vient de là et d’autres choses. Je fonctionne que par rituels. Je vois mes gestes et mes déplacements comme des notes de musiques devant composer une harmonie, une symphonie douce et agréable.
Dès qu’il y a une fausse note, tout va mal, je me renferme, tout devient flou, j’en perds l’équilibre. Les autres me troublent, me perturbent, leurs actions sont comme si j’écoutais ma douce mélodie, et que leur musique venait la troubler. Tout va donc de travers à ce moment là.
Ensuite, dans le calme, je respire de nouveau.

A cause de ça, je suis énervé contre ces gens, ils me perturbent trop, et ça m’ennuie.

2 commentaires à “Mon témoignage [ Partie 01 ]”


  1. 0 I.D. 27 déc 2008 à 18:01

    Cher Anonyme,

    Vous êtes loin d’être autiste, à mon humble avis. Vous êtes probablement un être hyperconscient dans un monde qui vous demande de ne pas l’être en tentant de vous faire avaler qu’il a raison par le nombre.

    Ce que vous prenez pour de la distance sociale n’est peut-être en fait que le reflet de votre sensibilité à voir la vérité de la pauvreté relationnelle des autres sans jamais avoir eu la chance de vous faire dire que vous avez en bonne partie raison, ni de côtoyer de gens qui partageraient la même capacité que vous, alors que vous avez choisi naturellement de ne pas adhérer aux choses que vous jugez inutiles en demeurant vous-même. Pour quelqu’un qui serait naturellement extrêmement développé au niveau perceptuel, beaucoup de remarques à dire, de conventions apprises, de frilosité évidente des gens à ne pas être eux-mêmes, leur goût de la facilité et de la gratification instantanée dans le rire et le bruit ne peut que vous refléter le silence de leur âme qui est beaucoup plus grand que le vôtre ainsi qu’une misère affective criante.

    Je ne suis absolument pas autiste et pourtant je pense beaucoup comme vous. Mis à part le côté maniaque que je ne possède pas et qui est peut-être un anti-anxiolytique ou une cristallisation extérieure d’un caractère perceptuel analytique qui n’a pas trouvé d’autre débouché faute de soutien et de quelqu’un pour l’affiner, il m’arrive régulièrement de ne pas comprendre que les gens « ne voient pas qu’ils ne voient pas » et de les trouver singulièrement enclins à agir de façon artificelle dans la plus parfaite inconscience.

    En général, les gens projettent souvent leur malaise en tentant de vous en faire porter le poids et cherchent à vous changer pour que vous ne représentiez plus une menace à la construction intérieure de leur identité. Tout ce qui les amène à déstructurer ces acquis est perçu comme une menace.

    Je vois les choses différemment : si, jusqu’à maintenant, les gens vous avaient demandé et reflété qu’il fallait être autrement pour ne pas que vous les dérangiez, eux, pour ne pas que vous les approchiez trop près de ce qui leur fait le plus défaut ? S’ils n’avaient au fond, ni la capacité ni la profondeur de comprendre leur propre conscience pour accueillir ceux qui en ont beaucoup ?

    On ne cesse jamais de voir les autres tels qu’ils sont et que dès lors, tous les artifices de la socialisation paraissent bien surfaits quand rien ne se dit de senti et que rien ne finit par être essentiel. Être mal à l’aise de regarder les gens, cohabiter avec eux tout en sachant pertinemment que leur sensibilité est coupée et leur conscience minimale, sentir la sienne par conséquent hypertrophiée, tout cela est loin d’être anormal.

    Bien sûr, tant que chacun joue le jeu ou tant que chacun ne cherche pas à s’élever vers autre chose, ça passe et c’est même une norme très fonctionnelle que tous peuvent apprendre. Mais pour quelqu’un qui ressent naturellement que tenter perpétuellement de se tenir hors de son centre est pure perte, qui n’éprouve pas le besoin de vivre une dépendance affective aux autres, faut-il immédiatement lui dire qu’il est anormal ? Absolument pas. Par vos caractéristiques exacerbées, je répondrais que vous servez peut-être aussi sans le savoir à éveiller les gens à ce qu’ils sont.

    Si au fond, l’ensemble des gens souffrait parallèlement d’une profonde affection : l’inconscience et le manque d’acuité ? Sans vouloir ici ranger bêtement les gens à l’auge de la bêtise et dire que vous êtes parfaitement normal et les autres pas du tout, je cherche à orienter la question sous un autre jour et pose plutôt la réflexion suivante comme possibilité : qu’il existe au sein de la société une plus rare proportion de gens possédant une acuité de conscience aigüe et un sens perpétuel du centre de soi et qui, refusant de répondre aux acquis de surface déstabilisent les autres sans le vouloir. Il est aussi possible que vous soyiez né dans un milieu et côtoyiez des gens qui ne nourrissent pas votre propre acuité et nient votre conscience, vous laissant peu à peu gérer par vous même cette capacité hypertrophiée et finissant par vous laisser penser que vous êtes étrange et déphasé.

    Je suis née avec beaucoup de ce que vous mentionnez comme sentiments, pourtant, je ne me suis jamais perçue comme étrange, mais j’ai certainement fort souvent l’occasion de réaliser à quel point il existe un déphasage entre ma réalité intérieure et la surface des êtres. La différence, c’est que j’ai sans doute eu la chance d’être née dans un milieu où l’on faisait fi de toutes les remarques inutiles, où les discussions étaient tournées vers l’acuité, vers une qualité de réflexion qui laissait justement la place qui lui revient à la réalité intérieure, sans artifice ou dogme, et certainement refusait d’emblée qu’on accepte les remarques toutes faites et les discussions stupides sur la température entre gens qui ne savent pas quoi se dire. C’est tout le contraire : il n’y a AUCUN plaisir à ne parler que du temps qu’il fait ! Il n’y a aucune normalité à se tenir au ras des pâquerettes… La difficulté, c’est de tenir à cette exigence sans se couper des autres ni de soi-même, et sans mépriser, mais chercher les gens qui partagent la même concience. Il existe des gens qui sont fort intéressants, brillants et fonctionnels et qui n’éprouvent pas le besoin de fonctionner avec tous ces artifices sociaux sans se sentir affligés.

  2. 1 Syou 13 mar 2009 à 6:49

    Bonjour,

    Bien entendu, je partage vos idées. J’espère que votre message sera aussi lu de ceux-là… En tous les cas, merci d’avoir pris le temps de me lire, et de me répondre de la sorte.

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