Témoignage de Laure, femme asperger

Je m’appelle Laure et j’ai 39 ans. Je suis née en France le 17 juin 1966. J’ai décidé de raconter mon histoire tant que mon état de santé me le permet et surtout tant que j’en ai encore la liberté. Je n’ai pas les talents d’une romancière : ma vie est de toutes façons bien loin de ressembler à un roman tel qu’on le conçoit d’ordinaire. Je sais par contre que certains – ils en seront peut-être émus – se reconnaîtront avec force dans ce que j’ai à dire. A ceux là – ceux de ma vraie famille, à ceux qui comprennent ou partagent les mêmes souffrances – je souhaite bon courage – aux autres, je demande indulgence et présente d’ores et déjà mes excuses pour toutes vérités qui pourraient les blesser.

Je suis Asperger. Précisons de suite que cela n’a rien à voir avec la culture ou la vente d’asperges, même si certains pourraient fort bien nous traiter de légumes. Allez ! Soyons honnêtes. Qui n’a jamais traité un mongolien de « mongol », pire de « gogol » ! Je parie que même le voisin y a eu le droit ! faut-il en rire ? Je n’en ris pas, d’où mes précédentes excuses . Je ne me suis pas engagée à vous faire rire.

Pour en revenir au mot Asperger, que signifie-t-il ? Et d’abord comment le prononce-t-on ? en français, on devrait prononcer « Asperger » mais il se trouve que l’on prononce « asper –« guer » puisqu’il s’agit du nom d’un docteur autrichien que l’on n’a pas francisé.


Le syndrome d’Asperger est une maladie neurologique peu connue des professionnels et méconnue du grand public. Elle est probablement d’origine génétique. Il s’agit d’un TED – trouble envahissant du développement – qui apparaît de façon précoce. Il s’inscrit dans le continuum du spectre autistique et est donc une forme à part entière d’autisme. C’est une maladie grave, handicapante et dans l’absolu incurable. C’est dans l’univers de la communication et des relations sociales principalement que les difficultés apparaissent puisqu’il n’y aurait par ailleurs – contrairement à d’autres formes d’autisme – ni retard de langage ni déficience mentale, ni déficit moteur dans le syndrome d’Asperger. Celui-ci se caractérise également par des « intérêts restreints », « anormaux » dans leur orientation et/ou leur intensité.Les difficultés d’apprentissage sont nombreuses malgré des capacités intellectuelles normales, voire supérieures à la norme. Plus qu’à une maladie, le syndrome d’Asperger s’apparente à un état, à une certaine forme de personnalité, à une certaine façon de percevoir le monde qui provoque un fonctionnement différent de la norme. L’apprentissage qui permet de se rapprocher d’un fonctionnement que je qualifierais de « socialement approprié» réclame d’énormes efforts d’adaptation.

Voilà ce que je peux dire du syndrome d’Asperger sans risquer de commettre d’erreur grossière. De toutes façons, dans le contexte actuel de méconnaissance et d’ignorance du syndrome en France, c’est encore les individus eux-mêmes concernés et leurs familles qui sont les mieux placés pour en parler à l’exception bien évidemment des docteurs compétents en la matière mais qui hélas se comptent sur les doigts de la main en France.

Le dernier point à préciser serait peut-être qu’il y a autant d’Aspergers que d’individus atteints du syndrome, ce pourquoi on peut difficilement les comparer ou les classer. Seuls les profils se ressemblent par les critères d’existence du syndrome plus ou moins présents et prononcés chez chacun.

En France, on estime qu’il y a entre 60 000 et 80 000 Aspergers.

Derrière ces explications dépossédées d’illustrations vivantes, il y a l’expression concrète de souffrances psychiques très diverses. Pour ma part, je dois jongler au quotidien avec les crises d’angoisses, les accès de panique, les colères, les TOC – troubles obsessionnels compulsifs -, les coups de déprime en dehors des périodes de dépressions plus ou moins sévères directement liées aux conséquences du syndrome Sans compter les conflits en tous genres, les frustrations, les rejets…et cet impétueux besoin d’isolement à tout prix malgré une immense et bien douloureuse solitude. Dans la vraie vie, il est question de larmes, de cris, de désespoir…

Je ne voudrais pas que ce raccourci vous donne une image caricaturale de moi. Je n’ai rien d’une artiste dramaturge. Je m’arrange au contraire pour ne pas exposer au public ce terrible spectacle que seule une caméra placée chez moi à mon insu pourrait capter lorsque j’y suis seule. Il me reste par chance assez de répondant pour pouvoir épargner à mes proches la vision de crises aigues, à l’exception peut-être de mon mari qui partage le même espace de vie mais qui supporte de plus en plus mal mon état. Difficile dans un deux-pièces de se réfugier dans un endroit caché.

Il ne m’est arrivé qu’une seule fois de ne pas pouvoir m’isoler lors d’une crise sur un parking public et je me souviens m’être réfugiée derrière les voitures à défaut de trouver un lieu clos.

Quand je parle de cris, n’imaginez pas non plus que je perturbe le voisinage. S’il m’est arrivé souvent de hurler sur route dans ma voiture pour faire retomber la pression, j’ai appris à crier en silence ! C’est exactement comme si je criais, ma bouche s’ouvre de la même façon que lorsqu’on pousse un cri mais le son reste bloqué. La parade est douloureuse car la gorge se resserre énormément plus et donne une sensation de suffocation qui s’ajoute à la suffocation produite elle-même par la crise. Ces cris muets qui n’ont rien de soulageant apparaissent durant mes crises d’angoisse les plus soutenues.

Les crises apparaîssent de façon insidieuse après plusieurs heures d’une sensation d’angoisse qui peut être provoquée par une contrariété banale qui elle passe inaperçue ou du moins dont je ne perçois pas la portée sur le coup. La tension s’installe, musculaire en particulier, et monte lentement jusqu’à un degré de crispation qui m’oblige à tourner en rond pour ne pas rester statique et bloquée. Dans ces moments-là, je ne peux plus rien faire qui puisse me divertir, les idées s’enchaînent dans mon cerveau sans liens directs les unes entre les autres et reviennent de façon obsédante ; des idées incongrues, des images de violence, des airs de musique que je n’ai pas envie d’entendre s’imposent à moi comme pour faire monter la mayonnaise. Je deviens alors hésitante sur l’action suivante à mener alors je tourne encore plus en rond. Ma démarche se rigidifie et mes mouvements deviennent de plus en plus saccadés. Mes mains, mes doigts de pieds se crispent et souvent mes poings se ferment, une fois encore comme pour arrêter le mouvement. Je me balance souvent d’avant en arrière ou bien je me mets à piétiner comme si j’avançais à petits pas mais sans bouger Mon dos se courbe. La sensation d’angoisse initiale se transforme peu à peu en sensation de désespoir, un désespoir sans plus aucuns fondements cette fois-ci et bien loin de la contrariété de départ. J’ai l’impression d’être anéantie, abandonnée de tout. C’est pire que l’idée de mourir ; c’est l’idée d’exploser, de se volatiliser dans l’air. C’est une peur profonde et insurmontable. Lorsque surviennent les premiers baîllements, je sais que la crise va commencer. En fait ce ne sont pas des baîllements de fatigue mais un curieux phénomène d’hyperventilation puis de blocage de la respiration particulièrement douloureux, au point que des larmes se mettent à couler alors que je n’ai pas envie de pleurer. S’en suivent des tremblements du cou, une crispation des muscles du visage et des épaules. C’est à ce moment-là que je suis obligée de crier pour expulser en partie l’air avalé en excès. Sitôt que j’arrive à maîtriser ma respiration, mon esprit n’étant plus concentré que sur ce point, je reprends « connaissance » et je tombe progressivement dans un état de relâchement fait de vide mental et d’absence de sensations corporelles. Cette expérience est difficile à accepter.

Les difficultés dont nous sommes victimes ne doivent pas pour autant occulter les qualités dont savent faire preuve les personnes atteintes du syndrome. Ceux qui fréquentent les Aspergers le savent bien. Notre « anormalité » nous rend « extraordinaires » nous les Aspies – c’est notre petit nom chez ceux qui nous connaissent – et il y a en cela énormément d’aspects positifs que l’on omet hélas trop souvent de mettre en avant, du moins en France et à mon goût.

Témoigner de mon état ne me procure aucun plaisir ; c’est au contraire un exercice pénible et fatigant dont j’appréhende les conséquences, notamment les réactions de mon entourage personnel que j’ai souvent cherché à épargner en gardant secrètes mes angoisses les plus terrifiantes. Je crains que mes proches ne me découvrent sous un angle qu’ils n’ont jamais perçu et que cela les choque et en même temps j’ai terriblement besoin de faire jaillir la vérité.

Je suis quelque part blasée de ma propre vie mais à chaque fois que je regarde mon parcours vu de l’extérieur, je me dis qu’il faut absolument le faire connaître à ceux qui pourraient l’utiliser pour dénoncer une situation véritablement honteuse et scandaleuse. Je n’aurai qu’à leur donner procuration sur mes malheurs pour les éviter à d’autres.

Il y a beaucoup à dire de ce qui se passe dans les services médicaux ainsi que chez les psychiatres L’opinion que je me suis forgée pendant des années de lutte avec moi-même et avec eux risque fort de déplaire. Certains grinceront des dents et j’espère bien que parmi eux, ceux qui se sentiront visés, s’étoufferont de colère. Dieu fasse que mes gribouillis arrivent jusqu’à leurs bureaux pour qu’ils se les avalent. Je sais que bien des personnes – je pense aux parents de la jeune génération d’Asperger me soutiendront avec la force et la détermination de ceux qui savent se battre valeureusement, car c’est un combat d’honneur et de justice qu’il faut mener aujourd’hui en France pour donner aux Aspergers de vrais soins, une vraie place, un vrai statut, de vrais droits à l’existence en tant que tels et j’insiste sur ce dernier point en particulier.

Je reconnais donc avoir des comptes personnels à régler mais plutôt que d’agir en privé pour le faire, j’aime autant en profiter pour faire connaître à qui voudra bien me lire et à ceux qui n’ont aucune idée de notre existence ce qu’est le syndrome d’Asperger et comment on traite les Aspergers en France.

Haine, amertume et ressentiment, oui, je n’ai pas honte à le dire, j’ai porté en moi toutes les conséquences des mauvais traitements, au sens large, subis et même si ça n’est pas socialement correct d’annoncer sa haine par les temps qui courent, je pense qu’il faut néanmoins ne pas s’en priver lorsque cela est justifié.

Adieu et bon vent à ceux qui ne voudraient pas aller plus loin dans ma lecture, à qui la violence d’une révolte menée comme un chemin de croix n’inspire aucun respect mais plutôt la peur de savoir des choses qui risqueraient de bousculer leurs habitudes.

(voilà un clin d’œil à ceux qui nous connaissent bien, évidemment ! ).

Je suis encore dans la logique que j’ai apprise à observer pour ne pas être exclue, enfin pour paraître « normale », mais il faudra bien au fil des mots que ma vraie personnalité et ce qu’elle fait de ma vie apparaisse. Alors « accrochez-vous » comme dirait mon meilleur ami car sortie d’un discours conventionnel, destiné malgré tout à la compréhension du plus grand nombre, je voudrais vous donner un aperçu de mon univers au fil des jours, sur le vif et comme il vient, à l’état brut et sans retouches, pour aussi chaotique et désopilant qu’il soit mais il me faut avant cela vous expliquer.

Je suis redevenue ce que j’ai toujours été et je ne vois pas comment j’aurai pu faire autrement au risque d’en surprendre plus d’un. Au passage, veuillez noter à quoi peut aussi mener une adaptation trop réussie : on finit par se perdre avant même de s’être trouvé…

Sur ce, reprenons au début : je veux dire à la première page et allons-y :

Je m’appelle Laure, j’ai 39 ans et je suis née le 11 mars 2005 ou peut-être est-ce le contraire ?

Le 11 mars 2005 est une date qui restera à jamais gravée dans ma mémoire. Je ne sais pas si ce jour là, je suis née ou bien si je suis morte.

J’avais pu obtenir après quelques semaines d’attente une consultation avec le docteur Tuffreau, pédo-psychiatre fréquentant les autistes depuis 35 ans – je l’appris par la suite – et susceptible d’effectuer un diagnostic pour un adulte. C’était pour moi la dernière chance avant de partir à l’étranger, en Belgique, en Grande Bretagne ou plus loin encore et j’étais particulièrement angoissée à l’idée « d’échouer ».

J’avais depuis des mois l’intime conviction d’être Asperger, mais n’ayant pas la prétention de m’y connaître mieux en psychiatrie que les X professionnels à qui cela aurait échappé pendant des années de consultations inutiles, j’avais le sentiment qu’il me faudrait me lancer dans un véritable plaidoyer pour gagner ma reconnaissance et qu’enfin on me croit ! C’était mon seul but car comme vous l’aurez compris, on ne guérit pas d’un syndrome d’Asperger ; au mieux on s’en accommode et l’on fait avec.

Peu avant ce rendez-vous, le service du professeur M – service spécialisé dans l’étude génétique de l’autisme – que j’avais contacté avec beaucoup d’espoirs m’adressait une charmante lettre m’invitant à me rendre…au Canada pour un dépistage auprès du Docteur Mo !!! J’étais pourtant prête à me rendre cobaye pour des analyses génétiques pour peu qu’on veuille bien me fixer sur mon sort ; hélas, cela n’intéressait personne. Je me demande finalement au bénéfice de qui peuvent bien aller ces recherches si ce n’est pour les malades eux même concernés… Fait-on de la recherche pour le plaisir de chercher ou pour celui de trouver !!!

Avant ce rendez- vous avec le Docteur Tuffreau, j’avais également rencontré 4 pédo-psychiatres soi-disant spécialisés dans l’autisme de façon générale mais incapables d’établir un diagnostic… concernant un adulte, ce qui pourrait paraître logique si ce n’est que les psychiatres pour adultes vous renvoient vers les pédo-psychiatres puisque le syndrome d’Asperger est un trouble du développement et donc de l’enfance.

Cela vous donne déjà un aperçu du casse-tête qu’un dépistage puisse représenter. En guise de casse-tête, pour ceux comme moi qui seront parvenus à un résultat, on peut parler de parcours du combattant !

Pour l’heure, je disais donc que j’étais véritablement angoissée en attendant que le docteur Tuffreau ne me reçoive.

Après avoir eu à affronter autant de bêtise et de nullité – ce que j’aurais pu accepter de quiconque sauf de médecins – je me faisais peu d’illusions quant à la possibilité de tenir en main un jour un certificat qui accréditerait, noir sur blanc, le fait que je sois Asperger. C’était pourtant pour moi le seul moyen de convaincre mon entourage que l’origine de ma différence n’était pas anodine.

La traditionnelle question : « mais pourquoi voulez-vous qu’on vous mette une étiquette ? » qui permet de se dérober sans la moindre élégance à l’obligation morale d’un diagnostic médical suffisamment étayé, était tombée à chaque fois. Y aurait-il à nouveau une Xième fois ??? Allez savoir pourquoi un cardiaque a le droit d’être informé de son état de santé et des précautions qu’il lui faut prendre pour se maintenir en vie alors qu’un Asperger devrait demeurer dans l’ignorance des soins qu’il devrait recevoir pour ne pas finir à l’asile considéré peut-être comme un débile mental ou comme un schizophrène, qui n’ont ni l’un ni l’autre à voir avec le précédent !

Arrivée à Vertou, je me suis retrouvée avec mes parents qui m’accompagnaient, dans une grande salle d’attente, certes lumineuse et accueillante mais où les patients n’étaient que de petits enfants…Assise entre Papa et Maman, je me souviens de quelques regards perplexes et interrogateurs. Je me sentais presque obligée de rejoindre la salle de jeux pour passer inaperçue et tout bien pensé, j’aurai presque dû le faire ! Oh non je n’ai pas de honte à le dire. Depuis que j’ai le droit d’être Asperger, je suis revenue à mes vieilles passions.

Cela étant, trouvez-vous normal qu’à mon âge on soit obligée de consulter un pédo- psychiatre !!! C’est pour le moins vexant surtout lorsque des secrétaires vous demandent au téléphone au moment de prendre rendez-vous : « il a quel âge le petit ? ». s ‘en suivent quelques secondes d’un silence qui vous met encore plus mal à l’aise « Non c’est pour moi, j’ai 38 ans»…

Nous sommes en France incroyablement en retard dans le dépistage, la prise en charge et le soin des personnes autistes, comparé à d’autres pays comme les USA et le Canada. Tout semble à faire. La situation actuelle provoque de véritables drames familiaux. Nous n’arrivons même pas à donner satisfaction aux parents qui veulent faire dépister leurs enfants en bas-âge alors imaginez, pour nous, adultes, l’intérêt que l’on veut bien nous accorder. Je me sens pour ma part d’une génération sacrifiée à l’ignorance et au manque d’intérêt économique car il doit bien y avoir un peu de cela quelque part…

Par ailleurs, le syndrome d’Asperger est si particulier qu’il n’est pas dit qu’un spécialiste de l’autiste niveau bas et niveau haut, soit en mesure de le détecter. Avec le temps, les aspects les plus caractéristiques du syndrome peuvent également tendre à s’estomper, voire disparaître tant et si bien qu’un Asperger peut réussir à mener une vie socio- professionnelle, voire personnelle quasiment « normale ». On estime ainsi à 15 % le nombre d’Aspergers indépistables à l’âge adulte pour cause d’adaptation.

Pour en revenir à notre consultation, je n’oublierai jamais l’angoisse ressentie durant cette attente. Je crois que mes parents s’attendaient à ce que je sois déboutée et ressorte en larmes du cabinet comme une gamine à qui l’on n’aurait pas voulu céder. Mon père qui avait entendu en long et en large toutes les raisons pour lesquelles je me croyais Asperger me prenait pour sa part pour une affabulatrice. Ma mère était encore dans l’idée que l’autisme était imputable au traitement fait subis par la mère à son enfant malgré mes explications la mettant totalement hors de cause. Je voyais bien dans l’attitude de mes parents qu’ils étaient là avec moi pour m’aider à supporter un nouveau coup dur, en l’occurrence la négation de ma conviction intime.

L’entretien dura près de 2 heures. Après avoir écouté mon parcours de recherches, étudié les résultats obtenus à de précédents test ; le docteur Tuffreau me posa toutes sortes de questions dont certaines très bizarres. Je répondais sur le vif en restant le plus naturel possible. J’étais bien dans ce cabinet. Je m’y sentais acceptée en tant que telle et même respectée. Le contraste avec mes précédents rendez-vous était flagrant. Il n’y avait plus cette suspicion faisant de moi une éventuelle usurpatrice de syndrome d’Asperger ! La voix du Docteur, son sourire franc et son attitude étaient une source bienfaisante de confiance. Dans ces conditions de détente, nous sommes vraiment allés à l’essentiel. Il y avait tant de respect dans l’échange que je suspecte cet homme d’avoir vis-à-vis des Aspergers un attachement bien particulier, un peu comme celui qu’exprime Tony ATWOOD, grand spécialiste australien des Aspergers.

Madame et Messieurs N, P, G et S : il faudrait sans aucun doute que vous en preniez de la graine…à moins qu’un peu d’humanité ne vous étouffe !

« Rassurez-vous : vous êtes comme Monsieur Tout le Monde », disait Mr N qui connaît si bien les autistes mais dont personne n’a jamais entendu parler dans la profession ! Au fait, de quoi êtes-vous spécialiste déjà Mr N.?

Lorsque le Docteur Tuffreau me confirma que j’étais Asperger, cela m’a provoqué un soulagement immédiat. J’attendais ce verdict bienfaisant depuis 1 an et demi.

La parution en septembre 2003 d’un article dans la revue SCIENCE ET AVENIR m’avait fait découvrir ce syndrome et j’étais convaincue d’en être atteinte. La description médicale du syndrome, les témoignages des Aspergers, tout me semblait étonnamment familier et concordait avec ce que j’avais toujours vécu. En somme, c’était moi dont on parlait dans cet article ! je n’en avais quasiment aucun doute. Mais pourquoi faut-il que les médecins se croient toujours plus malins que vous, comme s’ils avaient sur votre corps, sur votre santé, une sorte de privilège, de primauté, celui de déceler mieux que vous ce qui vous arrive ?

« Je ne peux pas vous diagnostiquer parce que vous êtes partie prenante » : vous êtes-vous reconnue Madame P ? « Je ne peux pas vous dépister parce que vous pensez déjà que vous êtes Asperger » et que voudriez-vous ? que je ne pense pas ? que je sois une sorte de légume capable de marcher à la différence des autres légumes ? Alors imaginez que je me sois foulée la cheville, si j’arrive en vous disant : « Madame P, je me suis cassé la cheville », allez-vous refuser d’effectuer un diagnostic parce que j’aurai aussi bien pu me la fouler, parce que j’ai eu le malheur de vous donner mon avis ou d’exprimer ma douleur ? Je comprends mal cette idée d’être « partie prenante » car je ne vois pas comment il pourrait en être autrement. C’est l’essence même de l’être humain que d’être « partie prenante »

« Avez-vous apporté vos cahiers scolaires de primaire ? »

« Oui j’ai 38 ans et je me ballade en permanence avec mes cahiers scolaires sous le bras parce que vous comprenez, il a 40 ans de cela, il était tout à fait courant de trouver que parmi les meilleurs élèves de la classe, celui qui jouait seul était Asperger ! et bien entendu cela faisait l’objet d’annotations spécifiques dans le carnet !«

Quant à vous Mr G. , trouvez-vous normal d’envoyer « chier » une pauvre Asperger qui appelle gentiment pour recevoir de l’aide, ne serait-ce qu’un rendez-vous, parce que vous traversez dans votre vie des moments douloureux ? Cela vous semble-t-il vraiment professionnel ???

A qui le tour ? Monsieur S ? Ah oui, c’est bien ce qu’il me semblait ! Il me manquait un dernier son de cloche ! alors comme ça, pour 70 euros la consultation, vous voudriez une photocopie des renseignements que j’ai collectés concernant les Aspergers !

Je disais donc : merci à SCIENCE ET AVENIR d’aider les Aspergers à se faire dépister. Cela étant, sachez qu’il est fréquent que des Aspergers se fassent dépister après avoir lu dans un article la description de leur pathologie, ce qui peut paraître vraiment aberrant mais est lié à nouveau au fait que les professionnels, en particulier les psychiatres, ignorent presque tout du syndrome. Cela ne fait que depuis quelques années qu’on parle du syndrome : ainsi, il m’aura fallu attendre d’avoir 37 ans pour tomber presque par hasard sur un article à ce sujet et encore puisque cela faisait plus de 10 ans que j’épluchais littéralement la presse dite de vulgarisation scientifique pour y trouver la raison de mon mal-être et de mes souffrances. Il se sera écoulé 13 ans de ma vie pendant lesquelles je n’ai pas vécu sinon survécu sur le fil du rasoir, de dépression en dépression, par faute de soins et par l’absence de vérité et surtout dans un manque total de reconnaissance de mes souffrances.

Je vis à présent sous camisole chimique : antipsychotiques, antidépresseurs et anxiolitiques stabilisent mon état tant bien que mal, réduisant les crises les plus douloureuses car le corps souffre aussi. Aucune thérapie comportementale ne m’a été proposée. L’alchimiste qui m’a concocté mon cocktail quotidien de substances-miracle me reçoit tous les 3 mois sans que ne s’établisse aucun dialogue entre nous. Maîtrisée, calmée, je ne représente plus un danger pour la société, tout au plus un élément à contrôler pour le bien de l’ordre social, voire un personnage dangereux peut-être. Connue des services sociaux et psychiatriques, si ma maladie reste totalement ignorée, me voilà au moins fichée. La société a accompli son devoir. Nous sommes bien loin des belles paroles sur l’intégration des personnes handicapées ou sur le traitement à tout-prix de la douleur Car la souffrance psychique est aussi une douleur. Avec mon syndrome d’Asperger, je n’entre dans aucune case. Point de cellule de crise pour ceux dont la vie ressemble à un cauchemar…tant que cela n’est pas médiatique ou sensationnel…Cela étant, si je ne suis pas encore prête à dévoiler tous mes secrets, à plus forte raison mes idées délirantes. Laissez-moi le temps d’en venir à bout. C’est une question de pudeur.

Je reste perplexe quant à l’intérêt ou pas d’avoir pu effectuer un diagnostic pour un sujet comme moi. A 40 ans, je me retrouve en arrêt maladie pour dépression – symptôme qui n’est qu’une conséquence de ma maladie et non pas à la racine du mal – socialement privée d’existence, sans travail et sans traitement global adapté. Après 8 mois d’attente, je suis toujours sans nouvelles de ma demande de reconnaissance auprès de la COTOREP et je ne me fais guère d’illusions sur la suite qui sera donnée à mon dossier. Mon certificat médical a même été mis en doute à deux reprises, par la sécurité sociale d’une part et par l’hôpital de la ville où j’habite, dans des circonstances que je détaillerai plus tard si j’y parviens.

Si je suis perplexe, c’est que je n’ai pas toujours été dans une situation aussi précaire que celle dans laquelle je me trouve à présent puisque j’ai réussi malgré tout à travailler pendant près de 13 ans, et tenez- vous bien, comme Cadre Commercial, grassement payée et bénéficiant d’une réputation fort correcte…Ceux qui m’ont connue par le passé auraient bien du mal à croire que je puisse être atteinte d’une quelconque forme d’autisme, d’autant plus que ce terme évoque un état où la communication est absente avec à la clé toutes sortes de clichés plus ou moins exagérés et pourtant…Comment ai-je pu surmonter mon handicap aussi bien et durant tant d’années ? Comment a-t-on pu me confier autant de responsabilités alors que je suis à présent « bonne pour le CAT » ?

Là se tient toute l’histoire de ma vie : une formidable débauche d’énergie pour surmonter l’insurmontable, un talent incroyable pour cacher l’inavouable et une volonté d’acier pour arriver enfin à faire surgir la vérité à travers ce diagnostic arraché comme un trophée sur la ligne d’arrivée.

Et puis c’est la « dégringolade » comme un sportif après le marathon, à cette différence près que je ne me suis plus relevée depuis.

J’ai toujours eu beaucoup d’admiration pour ceux qui mènent un combat durant toute leur vie et je m’aperçois aujourd’hui – et ce sans la moindre modestie – que je fais partie de ceux-la. Ai-je pour autant triomphé ? Les années ont passé sans que je m’aperçoive à quel point je m’épuisais à paraître normale, comme les autres et malgré moi avant de m’effondrer en touchant au but : la vérité.

Je ressors malgré tout grandie de ce succès Combien de gens décèdent après une vie bien remplie sans même comprendre de quoi il en retourne ? Parce que jamais l’obligation d’aller au fond d’eux-même ne s’est présentée, parce qu’ils ont survolé la vie sans jamais en saisir le sens

Les choses n’arrivent pas sans raisons et c’est ce parcours que je veux décrire et faire comprendre aujourd’hui parce qu’il présente de nombreux aspects positifs dans un univers bien noir. Il prouve en tous cas que l’on peut atteindre un niveau d’adaptation particulièrement poussé même si c’est pour en arriver malheureusement à l’état d’épuisement dans lequel je me trouve. Si j’avais su, si l’on m’avait expliqué avant la particularité de mon état, j’aurai pu économiser mes forces pour une vie presque normale. J’aimerais à présent pouvoir aider ceux à qui un diagnostic précoce est offert et leur donner espoir quant aux grandes réalisations que ceux comme nous sont en droit d’espérer, pourvu qu’ils se ménagent.

J’ai bénéficié pour ma part de circonstances familiales et existentielles qui m’ont permis de surmonter mon handicap et dont la combinaison étrange résulte du simple hasard. Il est temps pour moi de les analyser méticuleusement pour en faire ressortir cette drôle d’alchimie qui a servi bien longtemps mes intérêts contre toutes attentes pour une personne atteinte d’un syndrome d’Asperger.

Je suis née d’un père Ingénieur électricien et d’une mère au foyer, tous deux français. J’ai grandi à la campagne avec mes deux sœurs de 4 ans et 6 ans mes aînées. Nous habitions dans une maisonnette sur les bords du chemin de Halage de l’Oise, dans une zone isolée et sans électricité. C’était un choix délibéré de la part de mes parents. Mon père avait installé un système de batteries de camion qui permettait d’alimenter un néon dans la salle, une petite télé et quelques lumières dans le reste de la maison. Il fallait être économes et se rendre régulièrement chez le plus proche voisin – à 2 kilomètres de chez nous – qui avait la gentillesse de mettre à notre disposition un local avec une machine à laver et un branchement pour recharger les batteries. Quant à l’eau, il fallait y aller à coup de pompe manuelle. X coups par chasse d’eau ! X autres pour faire bouillir une grande marmite d’eau pour se laver ou faire la vaisselle Nous nous chauffions au poêle à charbon, le frigidaire fonctionnait au gaz…pas de téléphone non plus.

« Coupés du monde » et pourtant tout près d’un village en traversant la voie ferrée, nous vivions dans l’isolement, entourés de verdure. L’école primaire où j’allais se trouvait à quelques kilomètres après avoir parcouru un chemin partiellement goudronné et qui s’effondrait par endroits sur les berges de la rivière. Aucune commune ne voulait l’entretenir, ni le déneiger d’ailleurs. C’était comme si nous n’existions pas.

Ma mère avait une méhari, seul véhicule qui ne rouillait pas au contraire des voitures de mon père qu’il changeait régulièrement tant l’endroit était humide et le chemin plein de flaques. Nous étions par ailleurs en zone inondable en période de crue.

Indépendante et solitaire, je me baladais seule dans ce petit paradis et ce dès le plus jeune âge. Je connaissais chaque arbre, chaque plante et je m’aventurais sans crainte sur les bords de la rivière. Je savais où trouver des noisettes, des pommes et des merises. J’étais souvent au fond du jardin où je confectionnais des gâteaux à la vanille avec du sable et de l’eau et des gâteaux au chocolat avec de la boue : j’adorais çà ! Je m’étais aussi approprié un jardinet laissé à l’abandon et qui était devenu mon « petit jardin » Ma mère – n’avait-elle pas conscience des dangers ? – me laissait faire.

Je traînais souvent du côté du pré à vaches où j’observais mes lapins de garenne gambader. Il m’est même arrivé de prendre leur défense face à des chasseurs bien décidés à en faire leur cible.

Juste à côté de chez nous, il y avait des ruches dans un champ de pommiers. Je regardais émerveillée le Monsieur qui s’en occupait enfiler sa tenue et son masque lorsqu’il venait. Je ne lui parlais pas mais j’étais impressionnée par son attirail et pendant ce temps je n’avais même pas peur des abeilles.

A ce sujet, je me souviens que je n’avais peur de rien étant petite contrairement à d’autres enfants. Je n’avais ni la peur du noir, ni la peur des orages, ni la peur des insectes. Je n’avais tout simplement peur de rien sinon peut-être des enfants car je ne leur adressais pas spontanément la parole.

Il y avait aussi un pêcheur qui venait régulièrement s’installer sur un ponton qu’il avait fabriqué avec de gros bidons flottants. Je me posais à quelques mètres de lui et je jetais des petits cailloux dans l’eau pour effrayer les poissons. Il ne m’a jamais rien dit…

Cet univers que j’habitais était plein de rêves, plein d’histoires d’un gros loup-loup gentil qui vivait dans une église et possédait tout ce que j’aurais bien aimé avoir, une caravane notamment. Toujours cette idée de partir ! J’ai fait plus d’une fois mon baluchon avec une serviette nouée sur un bâton.

Le week-end, mon père nous emmenait faire un tour sur l’Oise dans un zodiac. Je me souviens qu’il nous attachait avec une corde dans l’éventualité où une de nous viendrait à tomber à l’eau. Pour nous faire peur, il s’amusait à prendre les vagues des péniches de front ce qui faisait sauter le bateau.Je me souviens de l’odeur de l’eau, cette odeur de nénuphar pourri quand on approchait de certaines berges. Nous allions souvent dans une petite crique où il y avait sur les berges des groseillers sauvages et puis nous partions parfois avec le pique-nique.

Mon père nous emmenait aussi faire du footing le dimanche matin en forêt d’Halatte. Il nous faisait faire de la gymnastique mes sœurs et moi. Je me souviens que nous courrions dans le grand froid avec des bonnets.

J’allais à l’école avec mon p’tit vélo. En hiver, je visais les flaques peu profondes parce que la glace faisait plus de bruit en craquant sous les pneus.

Je garde un souvenir ému de cette partie de mon enfance. Je jouissais d’une liberté totale et mes rêves de petite fille n’avaient pas de limites. Dans ce contexte, mon besoin de solitude était entièrement comblé.

Pas de petits amis pour jouer, quant à mes sœurs, elles étaient déjà plus âgées que moi et nous ne jouions plus ensemble. Pas de crèche, pas de nounou, pas d’école maternelle, pas de contacts ni de jeu avec d’autres enfants…

J’ai appris à compter en écrasant les fourmis sur l’allée bétonnée qui menait à la porte d’entrée de la maison. Arrivé à 100, il a bien fallu trouver un numéro pour la fourmi suivante et dans l’urgence de son apparition, je suis passée instinctivement à 101.

Jamais je ne me suis ennuyée seule, jamais je n’ai réclamé à ma mère ou à mes sœurs qu’elles jouent avec moi. Je vivais dans l’univers d’une imagination débordante et dans la soif de découvrir et d’apprendre.

A l’école, après une première année pendant laquelle j’ai eu à souffrir des mauvais traitements de mon institutrice – parce que j’écrivais mes lettres à l’envers – j’étais la première de la classe ; autant dire un petit génie. Là encore mes parents n’avaient pas besoin d’intervenir. De même que je m’élevais seule, j’étais capable de faire mes devoirs sans aucune assistance et sans qu’on m’y force. J’étais assidue, je ne faisais pas de bêtises, j’étais un amour de petite fille.

Malgré cela, je n’ai pas de souvenir de tendresse ; J’avais bien un nounours comme tous les enfants mais je ne me souviens pas avoir joué avec lui, ni même lui parler. Pas de doudous, pas de câlins, je n’en réclamais pas.

Mes parents veillaient surtout à éveiller ma curiosité et j’étais toujours la première partante pour aller vers la découverte. Toujours la première, loin devant, dans les sentiers de nos ballades. Je n’ai pas souvenir d’avoir jamais eu besoin de qui que ce soit étant enfant. J’étais particulièrement autonome.

Dans ce contexte, il n’est pas étonnant que mon syndrome d’Asperger soit passé inaperçu. Mes parents voulaient l’isolement, rien d’étrange donc à ce que je sois particulièrement indépendante et socialement en retrait.

A l’école, j’avais un petit ami, Laurent, mon rival pour la première place parmi les autres. Laurent, lui jouait au ballon pendant la récré avec les autres. Moi je restais seule, j’étais incapable du reste d’attraper un ballon et encore moins de le lancer.- Je suis d’ailleurs toujours incapable de le faire… -Je ne trouvais aucun intérêt dans ces jeux de partage. Je ne jouais pas non plus avec les filles : la marelle, le saut à l’élastique, je ne savais pas faire. C’était trop compliqué pour moi. Je ne comprenais rien aux règles. Je n’étais pas non plus invitée à jouer. D’ailleurs, je détestais la récré : toute cette agitation pour rien, ces cris et la peur d’être bousculée par les autres.

Plus que dans la communication au sens strict, mes difficultés se sont toujours exprimées dans l’interaction, dans l’action de prendre et de donner. L’exemple du ballon est flagrant dans ce sens.

Pour en revenir à mon exclusion, ma position de « meilleure » de la classe y était peut-être pour quelque chose : ça devait me rendre impopulaire.

En classe, j’interpellai le professeur pour lui parler du dernier fossile trouvé avec mes parents dans une carrière – une pince de crabe fossilisée ! – ce à quoi il me répondait que je l’avais probablement trouvée dans une poubelle ! Je me souviens avoir été très vexée par cette remarque mais je ne protestais pas en pensant dans ma tête que le professeur était un abruti. Le reste du temps, j’étais très sage, assidue, une « bête de concours » disait ma mère.

Je me souviens être allée une fois chez Laurent pour jouer avec son train électrique mais jamais je n’étais invitée à goûter chez les petits copains ou bien même à fêter les anniversaires.

Mon côté « intellectuelle précoce » devait sembler rébarbatif, je suppose que cela me rendait « pédante » aux yeux de mes camarades. De toutes façons, j’étais du genre « sauvage » et plutôt farouche.

Aucun professeur ne s’est jamais inquiété de mon isolement puisque par ailleurs j’étais une élève modèle. Dans ce contexte, mes parents ne se sont jamais inquiétés non plus de l’absence de relations sociales et surtout de la difficulté à s’intégrer. D’ailleurs à l’époque, il y a 40 ans de cela, on n’était pas trop attentif à ce genre de détail.

Je recevais chez mes parents qui étaient plutôt stricts une excellente éducation : sens du respect, politesse extrême, sens du partage et de la vie de famille. Dans mon clan, j’étais une petite fille tout à fait normale, bavarde à mes heures, serviable et sans problèmes apparents.

Plus tard, j’ai eu une amie extra-scolaire pendant plusieurs années mais elle m’avait été imposée. C’était la fille d’anciens voisins de mes parents, lorsqu’ils habitaient un appartement –tout confort avec l’eau courante et l’électricité ! – avant de le laisser pour cette cabane de pêcheur qui nous faisait office de maison et que mon père agrandirait au fil du temps.

Muriel avait mon âge. Elle était comme sa famille passionnée hélas…de foot ! Encore une histoire de ballon pour mon grand désespoir mais c’était l’époque des Verts alors nous chantions à tue tête « qui c’est les plus forts évidemment c’est les verts » et ça n’est pas tout. Elle était aussi fan de Dave que je déteste mais dont je connais hélas tout le répertoire. J’étais pour ma part incapable de m’identifier à ceux dont elle était fan.

De manière générale, je reste incapable de m’identifier à quelqu’un d’autre. Je n’ai jamais rêvé d’être quelqu’un d’autre ; je ne me suis jamais reconnue dans quelqu’un d’autre. Je pense, et c’est une parenthèse avant de reprendre la suite de mes explications, que cela explique pourquoi je suis incapable de me faire des amis. Je ne me retrouve pas purement et simplement dans les autres.

Je voyais Muriel tous les mercredis et tous les mercredis, ça recommençait. Mon grand soulagement, c’est quand nous allions au marché parce qu’on longeait les bois et l’on traversait une partie de la forêt. Je retrouvais enfin mon environnement.

Moi dont l’intérêt se portait plutôt vers la connaissance de la nature et de l’environnement, j’étais condamnée à lire…podium. Quelle horreur ! et à côté de cela, Muriel n’était même pas capable de distinguer une violette d’une petite fleur à fleurs violettes et en plus elle affirmait que j’avais tort. C’était frustrant :

Muriel dirigeait tous nos jeux et je n’avais pas un mot à dire. J’étais très polie alors j’acceptais tout sans me rebeller alors que j’aurais plutôt voulu donner les ordres.

Et puis on mangeait bien chez eux. C’était une famille de juifs très pratiquants. Je ne comprenais rien à leurs rituels mais je ne crachais pas sur la nourriture particulièrement savoureuse que cuisinait la Maman.

En fait, j’arrivais le mardi soir sur place. Ma mère m’amenait chez une autre voisine qui avait l’habitude de me garder quand j’étais bébé et pendant que ma mère allait chercher à la maternelle et à l’école mes deux autres sœurs. J’y passais la nuit dans un grand lit sous un édredon moelleux dont je me souviens encore. Je mangeais les petits plombs de lestage des voilages de la chambre en cachette. Je me revoie tirant avec mes petits doigts sur le fil et décrocher les plombs pour les mastiquer. J’avais besoin d’expérimenter, de toucher, de goûter les choses. J’adorais aussi grignoter le bout rouge des allumettes jusqu’au jour où prise sur le fait, Madame B. m’avait dit que si je continuais, j’exploserais la prochaine fois que j’irais aux toilettes ! j’avais des comportements pour le moins étranges…

Madame B était comme une mère pour moi : elle était tendre et douce, elle sentait bon la soupe que nous préparions ensemble et puis j’avais le droit de piquer des bonbons dans la bonbonnière en verre du salon quand je ne croquais pas des grains de café. Pour me laver les cheveux, Madame B utilisait un petit arrosoir jaune pour ne pas que le savon tombe dans mes yeux. Elle prenait avec moi d’infinies précautions. Je garde un souvenir ému de cette dame qui m’adorait et me traitait avec la plus grande considération. Elle est morte récemment mais je n’ai jamais eu le courage de la recontacter pour lui dire à quel point je gardais un bon souvenir des moments que nous passions ensemble. Cette incapacité à garder le contact fait partie également de mes difficultés majeures.

Monsieur B quant à lui était avec moi un chef d’œuvre de patience : je lui racontais toutes mes histoires et j’essayais de « l’éduquer » en lui expliquant tout ce qu’il fallait savoir des égyptiens ou des hommes préhistoriques !

En fait j’ai eu la chance, je dis bien la chance, de n’être traînée chez aucun pédo-psychiatre. Je n’ai pas été stigmatisée. Personne n’a jamais pointé du doigt ma différence et je remercie mes parents de ne pas avoir perçu mes difficultés sociales.

Hormis ma première année scolaire qui fut une année de torture au point que je vomissais d’angoisse avant d’aller à l’école, je n’ai jamais plus affiché de difficultés, ni de souffrance d’ailleurs durant les années d’école primaire. J’ai complètement refoulé le traumatisme que Madame D. m’avait infligé – il est réapparu en revanche des années après lors d’une expérience psychique tout à fait troublante et que j’expliquerai plus tard.

Seul indice du malaise – à part les vomissements – des TOCS (troubles obsessionnels compulsifs) qui se sont manifestés dans la préparation le soir des vêtements que je porterais le lendemain. Je me souviens du temps que je consacrais à aligner sur ma chaise et autour vêtements et chaussures. Il fallait que tout soit positionné parfaitement, au millimètre près et centré horizontalement et verticalement dans cet espace. L’ordre était militaire !

En fait, j’avais très peur de ne pas être prête à temps, d’arriver en retard ; çà n’avait rien à voir avec des considérations esthétiques. Même en plein hiver, je me revois attendant à côté de la voiture que ma mère arrive pour que nous partions vite, vite à l’école. J’étais terrorisée à l’idée de trouver le portail fermé à mon arrivée, de devoir affronter mon bourreau et le regard des autres, que ma mère soit obligée de m’accompagner jusqu’à la classe, ce qui en fait ne s’est jamais produit.

A cette même époque, je me mis à développer un tic facial : je serrais les dents pour tendre les muscles de mon cou parce que les vêtements que me faisait porter ma mère me grattaient. Je me souviens surtout d’un pull bleu ciel à col chaussette que je détestais porter. J’ai encore aujourd’hui quelques tics faciaux tel que le frottement de ma langue sur mon palais et qui donne l’impression que je suis en train de manger quelque chose alors que ma bouche est vide. Mon mari ne supporte plus ce tic d’ailleurs.

Madame D s’était plainte auprès de ma mère du fait que je pleurais tout le temps « comme une fontaine » et pour cause, j’étais la cible quotidienne de ses attaques parce que je n’arrivais pas à comprendre qu’il fallait écrire à l’endroit. Je me souviens parfaitement de ce sentiment de profonde incompréhension.

Cela étant, Madame D. représentait l’autorité pour moi. Si je ne comprenais pas, j’étais forcément coupable. Pourtant c’était l’absence d’instructions personnalisées qui m’empêchait de comprendre. Etant gauchère, je suppose que cela devait troubler Madame D . On m’avait appris à être très polie, à respecter les grandes personnes et j’étais donc incapable de me rebeller ni même de me défendre face à ses attaques et ses sarcasmes.

Pour ajouter à mon malheur, j’avais la malchance d’avoir des grands-parents instituteurs et professeur des deux côtés de la famille, si bien que chez nous, la parole du maître était sacrée. Donc, j’étais forcément en tort.

Ma mère fut surprise des commentaires de la maîtresse lorsqu’elle apprit la situation en fin d’année scolaire. Moi qui ne pleurais jamais à la maison et qui étais plutôt du genre à chanter ! Je le rappelle, j’étais une petite fille serviable, qui ne faisait pas de bêtises et n’embêtait personne alors pourquoi de telles allégations ?

L’année passa enfin et je finis par comprendre comment écrire mais je ne me souviens d’aucun soulagement, ni d’aucune reconnaissance de la part de Madame D. Après avoir été bien matée, j’ai suivi une scolarité sans échec si bien que « l’incident » – qui pourtant m’a marqué à vie –fut oublié.

Mes premières années d’école secondaire sont passées inaperçues, si ce n’est que j’allais au Lycée à au moins 40 km de chez moi. Pas de crise d’adolescence, pas la moindre rébellion. Comme d’habitude, j’excellais dans toutes les matières – sauf le sport bien sûr ! et peut-être les mathématiques – et notamment en Russe en décrochant des 21 ou 22 sur 20 parce que j’avais répondu correctement aux questions subsidiaires. Pour mon père, c’était normal, le minimum que je puisse faire et il semblait très sérieux. Je prenais tout au pied de la lettre.

Indirectement et par l’éducation que me donnaient mes parents et surtout mon père, je subissais une pression énorme par rapport au fait d’être la meilleure en tout. Je n’étais pas adulée pour mes exploits, ni particulièrement récompensée de mes efforts mais il fallait que je réussisse, que je sois intelligente à tout prix.

Les week-end, nous étions très souvent de sortie : visites de châteaux, d’églises, de musées, de carrières, de forêts, tout y passait. A 4 ans, je reconnaissais déjà le portrait de Molière au château de Chantilly à la grande surprise des visiteurs. Je fus tour à tour experte en Egyptiens, en fossiles puis en hommes préhistoriques. Mes sœurs et moi, nous subissions un véritable bourrage de crâne à coup de guide vert ou tout simplement par les explications d’un père particulièrement cultivé.

Mon lit était placé dans un recoin de la chambre et entouré de trois murs. Sur le mur me faisant face, mon père avait accroché un carton bleu ciel sur lequel il avait collé différents exemplaires de fossiles avec pour chacun en dessous leur nom scientifique – la plupart en latin – Je les passais en revue le soir avant de m’endormir et je les connaissais tous.

Pour moi, cela n’avait rien de rébarbatif, au contraire, j’étais en demande de connaissances et de reconnaissance aussi alors en plus de la « bête de concours », je faisais le singe savant !

Cette éducation riche d’expériences intellectuelles mais stricte, la marginalité de notre vie sociale, les brimades de Madame D, ont formé une sorte de carcan protecteur dans lequel « j’ai poussé droit », passant à côté d’un développement normal au contact des autres.

En 1979 – j’avais 13 ans – changement d’horizon mais pas de cap ! mes parents ont décidé de quitter la France pour aller vivre au Mexique où nous avions passé des vacances quelques années auparavant. Le chien étant du voyage, je l’étais aussi. Outre des raisons très personnelles et qu’il ne convient donc pas de citer, mes parents souhaitaient nous donner une chance dans la vie, celle de parler d’autres langues et de voyager. L’idée de départ était bonne mais le résultat à terme fut désastreux, à savoir l’éclatement de la famille.

Mon père avait transformé une camionnette VOLSKWAGEN en camping car. A l’époque, ce mode de transport et d’habitation n’existait pas encore en France. Un matin, nous avons quitté la maison pour nous rendre au Havre où nous avons passé la nuit sur un quai d’embarquement désert . Le lendemain matin arrivait un bateau tout blanc, d’abord tout petit puis de plus en plus gros sur lequel notre petit camion fut chargé à l’aide d’une grue et de câbles qui ressemblaient à de simples cordes. J’étais émue et j’avais peur de le voir tomber à l’eau en le regardant brinquebaler dans l’air. Puis ce fut l’embarquement et 8 jours d’une étonnante croisière sur ce bateau russe, le LERMONTOV, qui nous menait à l’aventure, destination New York. Ce voyage fut tellement incroyable que j’ai l’impression parfois de ne pas l’avoir vécu et pourtant j’y étais.

J’en garde quelques souvenirs flous : les cabines, le chien sur le pont supérieur enfermé dans une cage au gré des intempéries, l’élection de Miss LERMONTOV, la nourriture russe, quelques personnages surprenants comme cette dame qui transportait dans son sac à main un gros réveil et que nous avions baptisée Miss Marple tant la ressemblance était flagrante, et puis ma première tenue de soirée, une longue jupe blanche et des hauts talons coincés dans la rainure d’un seuil de porte et mon pied délicatement libéré par un gentleman qui avait assisté à cette situation tout à fait embarrassante, la discothèque qui passait du rock russe, ma première prise d’alcool et la griserie en redescendant de la discothèque en pleine nuit par les ponts extérieurs et sous la tempête à défaut d’avoir pu retrouver l’ascenseur et puis vision magique, celle de la statue de la liberté dans le soleil levant en arrivant à New York ! Ce fut plus qu’un rêve !

Arrivés à New York, destination Mexico par la route en près de 2 mois avec un léger détour en Louisiane.

A 13 ans, j’étais particulièrement naive et je le suis encore aujourd’hui. Au fil des mots et en relisant mon texte, je m’aperçois que de nombreux thèmes semblent laissés de côté dans la littérature concernant le syndrome d’Asperger, à moins qu’ils n’aient pas de rapport avec la maladie et ne concernent que ma propre organisation psychique, ce qui est fort possible. Je pense sur le vif à 2 thèmes : celui de la naiveté d’une part et d’autre part – et sans aucun rapport biensûr avec le précédent – celui de la remémorisation des souvenirs.

Concernant la naiveté, dictionnaire à l’appui, je m’aperçois que ce thème est un thème central et récurrent dans le déroulement de ma vie. Je suppose que cette relation à la vérité et au mensonge est liée à l’incapacité de percevoir ou de s’imaginer ce que pensent les autres, et notamment leurs intentions qu’elles soient bénéfiques ou au contraire néfastes.

Pour ma part, la naiveté a toujours régi mes relations avec les autres et leur contenu. Cette faiblesse qui m’a valu bien des déboires représente pour moi une mise en danger permanente. J’ai réussi à la maîtriser dans le domaine professionnel mais elle est toujours réapparue dans le contexte personnel à un moment ou à un autre. J’ai souvent du mal à l’accepter car elle s’appuie sur une violation permanente de mon intimité psychique avec le sentiment que les autres savent systématiquement ce que je pense ou ce que je ressens à mon insu. C’est comme si l’on pouvait lire en moi comme dans un livre ouvert.

D’un autre côté, cette naiveté est le gage d’une grande générosité et d’une fraîcheur toute naturelle dans la façon d’aborder les autres. Si ce trait de personnalité se rencontre également chez d’autres Asperger, il conviendrait de les mettre en garde des dérives possibles à une telle générosité dans la mesure où elle peut provoquer des abus dommageables de la part de l’autre.

Sur un certain plan, ma naiveté représente une richesse à laquelle je reste très attachée. Ce qui me fâche en revanche, c’est que j’ai la mauvaise habitude de prendre tout ce qu’on me dit au pied de la lettre si bien que je suis très sensible au moindre reproche que l’on puisse me faire. Je n’arrive pas à distinguer ce qui m’est dit sur un ton ironique de ce que pense réellement l’autre.

En ce qui concerne la compréhension littérale, j’ai toujours eu du mal à comprendre ou à utiliser les métaphores. Il m’a fallu des années avant de comprendre qu’un « arc-en-ciel » était un arc dans le ciel… Il en va de même quant aux dictons que je suis obligée de retraduire dans mes propres mots. Quant à la morale des fables de la Fontaine, je n’y ai jamais rien entendu. Il m’arrive assez souvent de me tromper dans les mots ou bien d’en inventer tels « qu’ortographie » pour orthographe ou « suffoquement » pour suffocation.

Le deuxième thème qui me vient à l’esprit concerne la remémorisation des souvenirs. Je m’aperçois en effet que plus un souvenir est chargé d’émotions sur le moment, en l’occurrence sensorielles, plus il semble échapper à ma mémoire. Mes souvenirs censés être les plus marquants ne sont plus avec le temps qu’intellectualisés, avec cette étrange sensation d’avoir vécu sans être capable de revivre. J’ignore de quelle façon peuvent être ou pas affectés les processus de mémorisation dans le S.A. mais il me semble clair que cette difficulté a des répercussions immédiates sur mes capacités d’apprentissage. En étant privée de cette manne de souvenirs vivants, je me prive de l’expérience qui serait sensée l’accompagner, d’où le sentiment d’être toujours en réapprentissage.

J’ai par ailleurs des difficultés avec la mémoire procédurale. Le simple fait de faire la vaisselle à la maison est une tâche que j’ai l’impression de devoir réapprendre à chaque fois comme si j’étais incapable de créer des automatismes qui me permettent de faire les choses sans m’en rendre compte. J’ignore si ce problème est lié ou pas au syndrome d’Asperger ou bien si mes capacités de mémorisation ont été affectées, soit par les médicaments, soit par l’alcool que j’ai consommé en grande quantité à une époque. De la même façon, je rencontre des difficultés avec la mémoire à court terme. Il m’arrive souvent d’être incapable de me remémorer ce que j’ai fait la veille ou l’avant-veille.

Pour en revenir à notre aventure, nous sommes arrivés à Mexico avec de simples visas de touristes, sans emploi pour mes parents, avec comme seul point de chute le lycée franco-mexicain où j’ai poursuivi ma scolarité de la 4ème à la seconde.

Nous avons d’abord vécu dans un motel avant de trouver un appartement modeste dans un quartier proche du Parc de Chapultepec, un quartier où j’ai passé les plus belles années de ma vie. Nous vivions dans la précarité mais je ne m’en rendais pas compte parce que nous étions revenus à une relative normalité dans un logement équipé d’eau et d’électricité, ce qui pour moi était aussi nouveau que tout le reste. Très vite mon père fut obligé de rentrer en France, faute d’un emploi permettant de faire vivre la famille à mesure que les économies fondaient. Ma mère elle trouva un emploi de secrétaire.

Ce fut donc l’éclatement de la famille et dans ce chaos je me retrouvais à 14 ans dans une situation de quasi totale liberté d’action. Je continuais à être parmi les meilleurs de la classe et je partais du principe qu’assumant mon devoir, j’étais libre de vivre par ailleurs une existence débridée.

J’ai rencontré à Mexico un homme qui m’a initiée à la vie. Avec lui j’ai tout appris : le bien, le mal, le bon, le beau et le laid. Il m’a construite à son image et il restera pour moi à tous jamais le meilleur des professeurs. De petite fille, je suis passée à l’age adulte en quelques mois seulement et cet homme m’a fait connaître la plus belle histoire d’amour que l’on puisse imaginer, la plus tendre et la plus passionnelle qu’il soit. Notre relation était fusionnelle et en m’éduquant à ces principes moraux il m’a tout donné. Il reste dans mon cœur et dans mon esprit comme un « double » de ce que je suis à présent.

Je ne me souviens pas avoir eu comme les jeunes de mon âge de crise d’adolescence. Je suis passée à côté grâce à lui. Par contre, j’ai découvert la souffrance psychique et morale, toujours auprès de mon compagnon pour des raisons indépendantes de sa volonté et que je ne saurais lui reprocher.

Je me souviens d’un voyage initiatique au cœur de Mexico. Protégée par cet homme, je continuais d’être un petite fille extrêmement naive et pour me mettre au parfum de l’existence, il décida un soir de m’entraîner dans les bas-fonds de la ville, histoire de me mettre en garde. Durant toute une nuit, nous passâmes en revue tout ce qu’il peut y avoir de plus pervers, de plus abject et de plus désolant dans l’existence humaine. Nous avions commencé notre expédition dans les bars gays « ultralibéraux », pour la poursuivre dans les bars à putes où nous fîmes une rencontre avec une habituée, dans les salles de jeu clandestines où l’argent coulait à flots puis dans les quartiers de la mafia mexicaine et ceux des dealers en tous genres. Alcool, drogue, et sexe à revendre, j’assistais en spectatrice au grand théâtre de la misère humaine, de la perversion et de l’exploitation des hommes par les hommes. Après cela, je savais à quoi m’en tenir et pourtant il m’est bien souvent arrivé de l’oublier.

Mon retour en France après 3 ans fut comme une déchirure tellement je m’étais adaptée à la vie mexicaine dans tous ses aspects. Je retrouvais mon père le temps de passer mon baccalauréat obtenu avec mention. En dépression pendant 2 ans, je réussissais malgré tout, comme d’habitude, sans que personne ne relève mon état psychique déplorable.

J’avais une seule amie, parce qu’elle était de Panama et que nous parlions ensemble en espagnol, mais je ne pouvais rien partager avec elle de mon expérience mexicaine, ni avec aucun autre camarade d’ailleurs tant j’avais pris de l’avance dans mon apprentissage de la vie. Ce fut à partir de ce moment que je pris conscience de ma différence, de ma difficulté à ressembler aux autres, à me mettre à leur niveau et pour cause. Curieusement, j’ai eu beaucoup plus de facilité à me faire des amis lorsque je vivais à l’étranger. Je suppose que mes bizarreries étaient d’avantage mises sur le compte de venir d’un autre pays que sur ma personnalité elle-même

Mon BAC en poche, je repartais illico presto au Mexique où ma mère vivait encore puis à Los Angeles, seule et sur un coup de tête mais avec le soutien de mes parents Je retrouvais aux Etats Unis ce que j’avais découvert au Mexique et j’en tirais la conclusion d’une sorte de dimension universelle de la déchéance humaine et des paradis artificiels qui y mènent.

J’ai vécu, là-bas aussi, bien des aventures et pas des moins périlleuses et tout comme je l’avais fait au Mexique, je m’adaptais rapidement au climat local. J’ai occupé pendant près de 4 ans toutes sortes de petits emplois, une bonne dizaine de jobs différents. J’ai commencé par de la vente en porte à porte et à défaut de grandes réussites, j’ai au moins appris à surmonter mes peurs en allant de maison en maison pour vendre des ustensiles de cuisine, des filtres à eau, les services d’un photographe, etc…On me déposait le matin au commencement d’une rue dans les quartiers latino-américains et on me « récupérait » le soir.J’avais la chance de parler l’espagnol alors je faisais les petites annonces du journal local de la communauté hispanique en attendant de maitriser suffisamment la pratique de l’anglais pour trouver un emploi stable. Je n’avais pas le choix : c’était une question de survie aussi bien matérielle que morale Les portes s’ouvraient d’autant plus difficilement qu’on me prenait pour une américaine et on pensait que je faisais partie du service d’immigration ; « senora, yo no soy la migra, vendo sartenes ! « et on me répondait souvent « no speak espanish » !. Je décrochais mon premier job « sérieux » quelque temps plus tard comme réceptionniste dans un hôtel près de Dysneyland pour continuer par la suite dans le tourisme. Je suis passée durant mon séjour à côté de très nombreux dangers. Seule et perdue dans la ville, j’aurais pu aussi bien tomber dans la prostitution ou dans la drogue que je rencontrais à chaque carrefour. Heureusement, ce que j’avais appris au Mexique me préservait de la déchéance, à défaut de la misère et de la faim. Pour autant que j’ai souffert, cela ne m’a pas traumatisée mais au contraire la liberté dont je jouissais m’a donné une chance exceptionnelle de découvrir d’avantage le monde et la vie.De retour en France, je tirais profit de mon expérience auprès de mes futurs employeurs qui reconnaissaient mon audace à travers ce que j’avais réalisé.

Si je survole cette période contrairement à celle de mon enfance, c’est précisément parce que ces 9 ans sont passés à toute vitesse. A défaut de sauter dans le wagon, j’ai passé mon temps à courir après le train ! les souvenirs que je garde de cette époque sont confus et morcelés. Je serais bien incapable de rétablir la chronologie des évènements que j’ai vécus.

Je finis tout de même par rentrer en France en 1988 pour reprendre mes études et tenter de vivre auprès de mes parents réunis une existence normale, bien qu’il était trop tard pour changer fondamentalement de personnalité. J’étais devenue mexicano-américano-française.

De ce périple à travers la vie, il ressort 2 points essentiels dans le déroulement de mon existence : Premièrement, la découverte de cultures nouvelles grâce à l’apprentissage rapide de l’espagnol et de l’anglais m’a permis de développer des capacités d’adaptation « hors normes » , capacités qui par la suite m’ont permis de travailler et de surmonter au moins temporairement mon handicap.

Deuxièmement, les 2 dépressions que j’ai faites au Mexique puis en France, suivies d’une 3ème aux Etats-Unis, ont donné le ton au restant de mon existence jusqu’au 11 mars 2005…

Diplômée d’école de commerce en 1990, j’ai commencé très rapidement à travailler grâce à ma connaissance de l’anglais comme responsable export chez un négociant en vins du saumurois. On m’avait confié un superbe poste qui aurait dû, si j’avais su le garder, me permettre d’occuper quelques années plus tard la fonction officielle de directrice export. Hélas, au bout d’un an j’étais à bout de force, dépassée par de trop lourdes responsabilités et je démissionnais purement et simplement malgré la satisfaction de mes employeurs. J’étais tombée dans une société familiale dans laquelle il y avait peu de turn-over et âgée d’à peine 24 ans, je devais constamment me battre contre la mauvaise volonté et la résistance au changement d’une poignée de salariés profondément ancrés dans la société et probablement jaloux de ma réussite. J’étais arrivée par ailleurs avec des habitudes américaines comme celle de saluer d’un grand sourire et d’un geste discret plutôt que de serrer des mains. Je pensais également que le zéro défaut, le non droit à l’erreur et le sens du service à l’américaine s’appliquaient aussi en France. Quelles idées saugrenues !

Usée par la fonction commerciale et ses rebondissements, je me reclassais dans un poste sédentaire de secrétariat de direction commerciale à Paris. Quelle idée ! ce fut là aussi une véritable catastrophe car j’assumais presque autant de responsabilités que le directeur commercial mais sans avoir ni les honneurs, ni le salaire. De plus, je me retrouvais à devoir servir le café à ces messieurs qui se comportaient à mon égard en véritables machos ! Au bout de 6 mois et malgré le sérieux de mon travail, on m’appelait chez moi le samedi matin pour me demander de démissionner, le contrat de qualification qu’on m’avait imposé dérangeant l’entreprise. C’est à ce moment-là que j’ai craqué. Incapable d’affronter mon employeur, je me retrouvais en arrêt maladie au bout de 6 mois pour dépression sévère. J’étais complètement anéantie par les traitements lourds qu’on m’administrait et je finis un lundi, en 1991, par faire, après ces 2 échecs professionnels successifs, une tentative de suicide par prise médicamenteuse. En d’autres termes, j’avalais tous les médicaments dont je disposais, stock compris, et m’endormais pour 4 jours avant de me réveiller à l’hôpital. A peine réveillée, déçue, on me reprochait d’occuper le lit dont une autre personne pourrait avoir d’avantage besoin cela dit au passage…

C’est à cette période que je compris que quelque chose clochait en moi : j’étais capable de trouver un emploi, de l’exercer convenablement mais incapable de le tenir dans le temps au contact des autres employés. J’aurai pu mettre cela sur le compte d’une mauvaise gestion du stress mais ça n’était pas le cas. J’avais d’avantage le sentiment de me heurter aux autres comme à des murs et au lieu de changer de tactique, je persévérais dans ma vision du bien faire contre leur obstination. J’étais tout simplement incapable d’imaginer que l’on puisse penser différemment que moi…et ce en toute bonne foi !Si j’avais eu à cette époque connaissance de mon handicap, j’aurais pu modérer mes positions et partis pris. On aurait peut-être pu m’expliquer la théorie de l’esprit …

Aujourd’hui encore, il n’existe de vérité que la mienne. Le gris n’existe pas, il n’y a que du noir ou du blanc. Je reconnais le caractère obtus de mes jugements malgré mes efforts pour devenir plus tolérante et plus ouverte.

Après mes deux premières expériences malheureuses, j’ai réussi à occuper deux autres postes pendant une 10 aine d’années en tant que Cadre Commerciale dans le secteur de l’emballage mais ce ne fut pas sans difficultés, loin de là.

J’ai tout d’abord vendu pendant 4 ans des machines d’emballage pour le conditionnement de produits alimentaires dans des budgets variant de 500 KF à 1 million de francs. Il me semble bien que j’étais la seule femme en France à l’époque qui vendait ce type de matériel. Je travaillais donc dans un environnement très masculin, tant au niveau des collègues qu’au niveau des clients. J’ai ensuite vendu pendant 6 ans des films techniques toujours pour le conditionnement de produits alimentaires.

Ma réussite ne tient en rien du hasard mais au contraire de circonstances professionnelles avantageuses, ainsi qu’à l’expérience développée à l’étranger. Je travaillais depuis chez moi pour le compte de mes employeurs. Je disposais donc d’un bureau à domicile avec ordinateur, téléphone, fax et répondeur. J’étais particulièrement autonome dans la gestion de mon temps de travail, n’ayant à rendre compte que des résultats de mes démarches commerciales. Les épisodes dépressifs récurrents qui ont suivi ma tentative de suicide et mon parcours de recherche quant à l’origine de mes troubles ne m’ont pas empêchée d’exercer grâce à ces conditions de travail.

Je tenais tellement à mon emploi que j’ai appris à cacher mes problèmes à mes employeurs. Par chance, je réussissais rapidement à faire mes preuves dans mon premier emploi en vendant une première machine dans un nouveau secteur d’activités que l’entreprise essayait d’investir depuis plusieurs années. En y parvenant rapidement, je gagnais mes lettres de noblesse et « l’indulgence » de mes pairs quant à mon caractère un peu spécial.

Je me souviendrais toujours de ma première vente. Il était 6 heures du soir un lundi lorsqu’après une –60aine de coups de fils de prospection dans l’industrie fromagère, un prospect me mettait au défit de lui prouver que ma machine, totalement inconnue dans son secteur d’activité, pourrait répondre à ses besoins. J’avais été très bien formée à nos produits et je disposais déjà d’un bon argumentaire de vente bien que n’ayant aucune expérience de mise en route de la dite machine. Je saisissais la balle au bond et lui proposais d’effectuer gratuitement un essai, transport et assurance à sa charge. Il devait être 6h30 lorsque j’appelai le directeur technique et lui demandais de me mettre d’urgence la machine sur palette sans aucune confirmation à l’appui. Biensûr, il ne m’a pas cru mais quelques jours après la machine était sur place, mon directeur aussi ainsi qu’un technicien pour le montage et les essais. Entre temps, j’avais foncé chez le client pour lui montrer ma doc, en Japonais !!! et le convaincre qu’il n’avait rien à perdre ! et la vente eut finalement lieu…J’étais sur secteur depuis quelques semaines à peine…

Je m’inscrivis rapidement et volontairement dans la catégorie des « affectifs » faisant partie de ces commerciaux de choc qu’il ne faut pas pousser mais constamment soutenir. En fait j’utilisais le soutien de mes employeurs à titre personnel plus que professionnel puisque la chance me souriait toute seule. J’étais compétente et je m’investissais énormément dans les missions que l’on me confiait si bien que je remportais la confiance de mes patrons.

Le reste du temps, je me dérobais à mes obligations sitôt qu’apparaissait une crise d’angoisse, mon côté dépressif s’étant transformé en anxiété latente. J’avais la chance de pouvoir mettre le répondeur en route et m’absenter au besoin sans qu’il y ait de conséquence. Je rattrapais mon retard le soir ou le week- end en travaillant sur mes rapports. Pour couvrir mes absences, j’avais mis ma société au parfum en prenant l’habitude de les contacter systématiquement à 8 heures le matin, heure à laquelle « j’ouvrais la boutique » même si je traînais ensuite toute la journée en pyjama ! si bien qu’il y avait peu de suspicion autour de mes activités. J’étais très prudente avec mes rapports d’activité et l’utilisation du téléphone qui indiquait facture à l’appui si je travaillais ou pas. Par chance, j’étais obligée de faire de la prospection en supermarchés pour repérer les clients potentiels et je ne m’en privais pas pour me détendre un peu.

Lorsque j’ai expliqué au docteur G. ce qu’avaient été mes activités professionnelles à l’époque où je cherchais à obtenir mon diagnostic d’asperger, il me dit qu’il n’était pas possible d’être commerciale et Asperger en même temps ! L’expérience prouve le contraire…

J’ai eu la chance en fait d’être très bien formée et encadrée par mon directeur commercial,, Monsieur G.L, un grand Monsieur que je salue au passage car je pense lui adresser copie de mon témoignage, histoire de le surprendre un peu ! Mais au-de la de cette formation, c’est moi qui ai appris pas à pas et sur le terrain comment aborder les clients, comment gagner leur confiance. J’ai mis en œuvre toutes sortes de stratégies et de parades pour pallier à mes difficultés personnelles, surtout celle de décoder leurs intentions d’achat. J’avais la chance de vendre des produits très techniques et donc de pouvoir poser énormément de questions sous prétexte de bien cerner le besoin du client et je glissais dans la conversation des questions un peu plus personnelles quant à leurs intentions. Ne pouvant pas me fier au « feeling », je multipliais les angles d’abord pour essayer de mieux connaître la mentalité de la personne que j’avais devant moi.

J’ai appris également à « imiter » mes interlocuteurs, c’est-à-dire à me mettre à leur niveau en adoptant le même type de langage, les mêmes attitudes et comportements. Mon expérience de l’apprentissage des langues étrangères me facilitait la tâche car je savais reproduire ce que j’entendais en d’autres termes. Durant les entretiens, j’avais le sentiment de faire de la traduction simultanée au niveau mental si bien que je ressortais épuisée de mes rendez-vous.

Le fait d’avoir vécu à l’étranger et surtout d’arriver sur place sans quasiment aucune connaissance de la langue locale m’a forcé à développer mes compétences en communication non verbale J’ai appris notamment à regarder les gens dans les yeux pour essayer de mieux les comprendre. Mon sens du détail faisait le reste.

Les négociations finales étaient pour moi une véritable épreuve et un tour de force à réaliser. J’en ressortais lessivée, vidée pour au moins une semaine mais mes employeurs le savaient et me le pardonnaient.

Pour faciliter mes déplacements, je réservais toujours une chambre dans la même chaîne d’hôtel. Quand j’arrivais le soir, je retrouvais les mêmes rideaux, le même dessus-de-lit, la même disposition spatiale de l’endroit que la nuit précédente. Je n’étais pas dépaysée et je me sentais comme chez moi. J’installais mes affaires dans la chambre selon un rituel bien défini : d’abord la salle de bains où j’alignais de façon logique tous mes produits, puis les habits du lendemain sur un même cintre, la chemise de nuit sur le lit entr’ouvert avec mes chaussons au pied, la télécommande sur le chevet et le réveil déjà réglé. Ensuite seulement, j’allais dîner toujours dans la même chaîne de cafétéria dont je connaissais tous les menus. Là encore j’étais chez moi. Il me restait pour la route un espace de vie familier : ma golf, tour à tour mon bureau et mon défouloir. Entre deux rendez-vous, je m’y retrouvais seule et je pouvais chanter, crier, pleurer et exprimer toutes mes émotions pour pouvoir les évacuer. Je fonctionnais donc de manière très automatique ou pour mieux dire « automatisée » et cela réussissait. Malgré tout, j’ai travaillé durant 10 ans en « suradaptation », terme employé par le docteur Tuffreau dans son certificat destiné à la COTOREP et au prix d’une grande débauche d’énergie. J’ai fini psychiquement usée.

Pour m’organiser dans mon travail, j’ai utilisé plusieurs techniques. La première que j’ai mis en place consistait à remplir tous les matins une fiche cartonnée à petits carreaux et de couleur – pour ne pas la perdre dans le courant de la journée – avec une colonne gauche pour cocher, une colonne « liste des choses à faire », une colonne pour cocher et enfin une colonne droite pour « organisation » ; en haut le jour et la date, en bas une case « penser à « .Je commençais donc le matin par lister pêle- mêle ce que j’avais à faire, aussi bien de professionnel que de personnel. J’utilisais la case « penser à « pour les tâches à plus longue échéance. J’effectuais en premier la tâche qui me semblait la plus facile, par exemple mettre en route la machine à laver. A chaque fois que j’effectuais une tâche, je la rayais et je mettais une encoche dans la colonne de gauche. Ce double geste symbolique me motivait à mesure que la liste diminuait de taille. Je m’attribuais également un certain nombre de points selon la difficulté ou le caractère rébarbatif de la tâche à effectuer, puis je les totalisais en fin de journée ce qui me permettait d’une part d’avoir la conscience tranquille « j’avais agi » et d’autre part de comparer mon niveau de performance par rapport à la veille ou l’avant-veille. La colonne « organisation » me permettait de fragmenter ou d’expliciter la tâche par exemple pour « prendre RDV avec Monsieur Untel », il y avait en marge « vérifier numéro sur pages jaunes ». En fin de journée, j’écrivais dans la 2ème colonne à cocher « R » pour « report » si bien que le lendemain matin, je recommençais ma liste par les tâches non effectuées la veille Au moins, si je n’étais pas bien réveillée, je m’évitais « l’angoisse de la page blanche » ! cela permettait de voir aussi, à force de reports, qu’elles étaient les tâches les plus difficiles à effectuer, celles qui traînaient anormalement en longueur.

Pour celles-là, j’utilisais une 2ème technique inspirée du réseau PERT dont j’avais étudié le fonctionnement en cours de marketing management à l’école de commerce. Le PERT (Program Evaluation and Research Task ou encore Program Evaluation and Review Technique) est une méthode d’organisation utilisée dans la gestion de projets, par exemple la construction d’un hôtel, d’un bateau, d’une gare…Elle consiste à lister les tâches à réaliser et leur délai de réalisation puis à les ordonnancer selon le fait qu’elles puissent être menées de façon parallèle ou bien impérativement les unes avant les autres (tâches critiques). Le résultat donne un schéma de réalisation, le chemin critique, à suivre pour réduire au mieux le délai de réalisation globale. Je commençais par me motiver en me répétant mentalement « il faut procéder par étapes ».Cette petite phrase clé me permettait de lever l’angoisse face à l’ampleur de la chose à réaliser. Puis je décortiquais littéralement chaque tâche en sous-tâches et je les ordonnançais de la manière la plus proche d’un PERT. La technique peut paraître compliquée mais en fait elle peut s’appliquer à n’importe quelle tâche, y compris de la vie quotidienne. La « simple » réalisation d’une recette de cuisine est déjà un PERT en soi…Je suis convaincue que ce type d’outil devrait être enseigné aux Aspergers ou à toute personne ayant des difficultés d’organisation personnelle.

La 3ème technique que j’utilisais était celle de la méthode SILVA. Il s’agit d’une méthode de développement personnel, connue au niveau international et pour laquelle j’ai suivi en 1994 un stage de 4 jours intensifs, stage que j’ai répété gratuitement à 2 reprises. Cette méthode permet de se créer un espace intérieur de travail auquel on accède par des techniques de relaxation. Dans cet espace de travail, on peut visualiser ses objectifs personnels ou professionnels et les consolider mentalement pour aboutir à leur réussite. Rien de sorcier dans la technique : simplement un excellent moyen de se motiver, de renforcer sa confiance en soi et de faire tomber la peur de l’échec ou les peurs en général qui agissent comme autant de freins à la réussite. La méthode SILVA m’a bien souvent servie de « béquille » à défaut d’atteindre l’épanouissement personnel qu’elle facilite chez des personnes normales. Je pense également que cette méthode devrait être enseignée aux Aspergers car elle permet aussi de compenser le manque d’imagination.

J’utilise également la méthode SILVA pour me « recaler » lorsque je suis bloquée et dans l’incapacité d’agir, ce qui m’arrive souvent. Je me mets alors à déambuler chez moi en tournant en rond et sans être capable de m’occuper, pas même de déplacer le moindre objet. Je dirais même au contraire car j’ai besoin alors que l’environnement soit particulièrement statique pour ne pas me sentir perdue et sans repères. Dans ces moments-là, la méthode SILVA me permet au moins de m’allonger et d’utiliser mon énergie à « déambuler mentalement » plutôt que physiquement jusqu’à la crise d’angoisse.

Je me rappelle parfaitement de la frustration que j’ai ressentie quand Monsieur G. me dit qu’on ne pouvait pas être commerciale et Asperger à la fois. Si j’avais pu lui expliquer en détail mes stratégies, les techniques utilisées ci-dessus, ainsi que ma capacité à la « traduction simultanée » pour compenser mes difficultés de compréhension dans les conversations, peut-être m’aurait-il cru mais il ne m’en a pas laissé le loisir.

Mon dernier emploi a été à nouveau un échec. Après les 6 années pendant lesquelles j’avais vendu des films, je décidais de revenir à nouveau vers la vente de machines, en intégrant une multinationale italienne. Malheureusement, je me retrouvais dans une situation de travail bancale, en discordance entre mes hiérarchies nationales et locales et je ne suis pas arrivée à supporter cette situation. Surtout, on me demandait de mentir, ce que je n’ai jamais fait dans mes emplois précédents puisque j’avais la chance de vendre de « bons produits ».Après 6 mois d’essais et pourtant une proposition de CDI, je jetais l’éponge : c’était en septembre 2003 et depuis je n’ai pas retrouvé le courage de reprendre le travail. J’ai bien essayé de me former pour me mettre à mon compte – dans l’héliciculture – mais là aussi ce fut un échec.

Pendant toutes ces années, j’ai mené deux combats de front : conserver un emploi de toutes évidences trop difficile pour moi et chercher une explication à mes difficultés personnelles qui se sont matérialisées par de nombreux échecs affectifs et une alcoolisation de compensation que je qualifierais de pathologique.

Mon parcours de recherche a donc commencé aussitôt après ma tentative de suicide en 91. Je consultais pour la première fois un psychiatre qui pour mon plus grand malheur pratiquait l’écoute silencieuse ! autant vous dire que cela accentua d’avantage mes problèmes dans lesquel je me retrouvais murée…tout en creusant dangereusement mon compte en banque…heureusement pour lui, j’ai oublié son nom mais je l’incluerais tout de même dans ma liste de références à la lettre C…pour charlatan !

Par chance arriva ce premier emploi dans la vente de machines et je quittais l’enfer de Paris pour m’installer à Dijon. Là je rencontrais le Dr Capitain avec qui j’allais initier ce grand voyage à travers les méandres de ma vie. Je garde un souvenir ému du Dr Capitain pour sa gentillesse, sa tolérance et son ouverture d’esprit.

Un point demeurait essentiel pour moi : je n’arrivais pas à croire que je sois dépressive Je ne le crois toujours pas d’ailleurs. Je pense avoir développé cette réaction en réponse à l’incapacité d’agir dont je suis souvent frappée et qui est particulièrement frustrante. Au fil des ans, les dépressions sont devenues récurrentes comme un moyen d’évacuer la pression et de ne pas devenir folle. Puis c’est devenu une sorte d’automatisme.

Toujours en 1991, j’ai vécu une expérience très étrange. En période d’essai chez mon vendeur de machines…alors que j’habitais encore Paris, je revenais le vendredi soir d’un déplacement sur Strasbourg . Il avait plu et venté durant tout le trajet de retour, j’avais eu beaucoup de mal à tenir la voiture sur la route et la semaine avait par ailleurs été bien chargée. Je rentrais chez moi et à peine ouverte la porte et posés mes bagages, je m’effondrais dans le canapé, épuisée et ne pensant plus à rien. Il m’arriva alors quelque chose d’extrêmement troublant. Comme un film qui défilait devant mes yeux alors que j’étais éveillée, je revis ma salle d’école dans une vision un peu floue et distordue. La caméra balayait l’espace de la gauche vers la droite si bien que je découvrais d’abord le mur gauche, puis les bancs et les fenêtres en arrière-plan, puis le tableau . Je crus un instant halluciner mais il n’y avait aucun doute possible, je me trouvais bel et bien dans ma salle de classe. Je commençais d’abord par revoir les visages de mes camarades tournés vers moi. Leurs regards étaient étranges, comme apeurés. Puis apparut distinctement dans l’angle gauche la silhouette de Madame D. dont j’ai parlé précédemment. Elle était là inaudible, en train de gesticuler en agitant les bras. De toute évidence, c’est à moi qu ‘elle s’adressait mais je n’entendais rien de ce qu’elle me disait. En revanche, elle semblait se moquer de moi tout en me menaçant de manière sarcastique. Je distinguais clairement ses vêtements, sa jupe sous le genou en pied de poule, ses collants et ses jambes poilues. A mesure que l’image s’animait, je sentais monter en moi une angoisse sans nom comme dans une sorte de cauchemar dont on n’arrive pas à s’échapper. Je n’étais ni sous l’emprise d’alcool, ni sous celle d’aucun médicament, mon traitement ayant été nettement diminué. Pourtant je distinguais clairement la physionomie ronde de Madame D ; ses cheveux noirs ébouriffés, son gros ventre serré. A mesure que le film se déroulait, je revécus chacune des émotions que j’avais pu ressentir…à l’âge de 5 ans. C’était comme un retour en arrière. Je compris par la suite pourquoi l’image était floue et le son inaudible malgré la clarté des sensations. C’était tout simplement parce que je pleurais. Je revivais exactement ce que j’avais déjà vécu : ça n’était ni une vue de l’esprit, ni même un souvenir tant il était vivant. Je me rappelle le désespoir que j’ai ressenti et puis ce besoin de fuir absolument sans être capable de bouger d’un centimètre. Je cherchais en vain la porte de sortie mais je ne la trouvais pas et pour cause, elle était dans mon dos. J’eus alors l’envie de disparaître, de partir en fumée pour échapper à la torture que l’on m’infligeait. Sans issue possible, fenêtres closes, j’éprouvais pour la première fois de ma vie l’envie irrésistible de mourir et je le répète, j’avais 5 ans !

Que s’est-il passé au juste et combien de fois surtout ai-je eu à vivre de tels moments ? Je ne le saurai jamais. On m’avait bien dit que j’avais eu une maîtresse d’école un peu méchante avec moi mais j’ignorais la portée et la gravité de ses actes. La chose avait juste été mentionnée et dédramatisée à l’extrême : c’est le moins que je puisse dire. Quant à la survenue inattendue de ce souvenir enfoui, je pense qu’elle est due au fait que je me sois trouvée à ce moment-là dans une sorte d’état second lié à la grande fatigue. Pour moi, ce souvenir, c’est comme un bâton qu’on tournerait dans le fond d’une mare vaseuse d’où surgirait du plus profond une petite bulle d’air qui grossirait à mesure qu’elle atteint la surface avant d’éclater au grand jour. J’en ai voulu pendant des années à Madame D…

Le lendemain de cette expérience, j’étais comme euphorique. Je m’achetais une bague en or à un prix que jamais je n’aurais cru pouvoir m’autoriser pour compenser le préjudice et marquer le coup. Je pensais avoir trouvé la raison de tous mes problèmes mais la suite me prouva qu’il y avait bien d’autres bulles à faire jaillir. Au bout de quelques semaines, la dépression reprit sa place habituelle et de plus belle. C’est à cette époque que je rencontrais mon cher Docteur Capitain.

La suite de mon existence fut une quête désespérée pour trouver l’origine exacte de mes troubles. J’attribuais alors ma différence au fait d’avoir vécu dans différents pays mais le malaise dépassait largement l’inadaptation culturelle. Je me mis à lire toutes sortes de revues scientifiques pour en savoir plus sur les troubles mentaux. Je m’intéressais d’abord à « l’hystérie » , puis à la schizophrénie, à la maladie maniaco- dépressive. L’alternance de phases dépressives entrecoupée de périodes d’exaltation me fit penser que j’en étais atteinte mais le Dr Capitain était formel à ce sujet : je n’étais pas maniaco- dépressive. Bien avant que la chance ne mette enfin sur ma route le Dr Tuffreau, le Dr Capitain, de tous les psychiatres que j’ai pu consulter par la suite, était bien le seul à avoir établi le diagnostic le plus proche de la réalité : « vous êtes rigide » m’avait-il dit et pour cause, lorsqu’on est Asperger c’est pour la vie !

Je n’entrerais pas dans le détail de toutes mes recherches. Je n’ai pas compté les heures passées dans les cabinets de psychiatrie à perdre mon temps, mon argent et ma vie. Je regrette simplement de ne pas avoir pu prendre plus tôt connaissance du syndrome.

A présent, j’ai fini mon chemin de croix. Il m’a bien fallu quelques mois pour digérer l’annonce officielle du diagnostic mais ça n’était qu’un contre coup à la fatigue du parcours.

Depuis mon diagnostic, tout n’a pas été facile. l m’est arrivé en effet une expérience malheureuse, ce pourquoi je fais référence à mon état de santé en introduction et à la liberté que j’ai encore de raconter mon histoire. J’ai du me rendre un dimanche en urgence à l’hôpital de ma ville. J’ai demandé à mon mari de m’accompagner parce que j’étais dans un état désespéré. Ce jour là , je fis une crise d’angoisse épouvantable : impossible de me calmer malgré les médicaments. Je n’avais jamais connu un tel état, j’avais le sentiment de devenir folle, j’étais au bout du rouleau, épuisée, anéantie et incapable de stopper le fonctionnement anarchique de mon cerveau. J’étais profondément tourmentée au point qu’il me fallait une aide de toute urgence pour me mettre au repos. Je pensais trouver à l’hôpital cette assistance d’urgence, une écoute bienveillante et des soins appropriés à mon état agravé. Je m’y présentais donc, munie du certificat du Dr Tuffreau en pensant que cela aiderait à ce qu’on me soigne d’urgence. Sur place je rencontrais un interne pédant et prétentieux qui face à ma détresse me répondit que mon certificat ne voulait rien dire, que je n’étais pas en demande de soins. Mon sang n’a fait qu’un tour et je me suis emballée en lui demandant de quel droit il pouvait contester un document établi à l’attention de la COTOREP et mettre en cause le diagnostic d’un expert en matière d’autisme alors qu’il n’avait lui-même probablement aucunes compétences à ce sujet Le ton monta très vite et je décidais de m’en aller puisque personne ne pouvait m’aider puis sans savoir comment, ni pourquoi, je me retrouvais encadrée de 4 ou 5 infirmières et infirmiers, tenue par les bras et traînée jusqu’à une salle d’isolement où on me coucha sur un lit et on me passa en me violentant une camisole de force. On m’injecta à deux reprises des calmants parce que j’avais hurlé dans le couloir que j’étais autiste et qu’il fallait me lâcher. Pour avoir perturbé l’ordre interne et effrayé les infirmières par mes hurlements, je me retrouvais clouée, enfermée, internée. Je me souviens de mon mari resté au fond du couloir et dont je m’éloignais tirée par ces fous qui employaient des méthodes d’un autre temps. Ce fut un véritable cauchemar car j’avais parfaitement conscience de ce qui se déroulait contre mon gré. Dans la salle, je me mis à hurler régulièrement que j’étais autiste tellement j’étais en colère. Une infirmière est venue me voir en me disant que je leur faisais peur en criant. J’ai eu le courage de rire tant la réflexion était absurde : c’était moi qui étais censée avoir peur ! et je ne vois pas en quoi j’aurais pu présenter un quelconque danger si on ne m’avait pas sauté dessus de la sorte. Je finis par être assommée à force de piqûres , puis on m’emmena en ambulance à l’hôpital psychiatrique. Je me souviens seulement de l’ambulancier qui fut particulièrement gentil et aimable avec moi. A l’hôpital, on me mit à nouveau dans une salle d’isolement dans laquelle je restais tranquille ayant finalement obtenu ce que je voulais, à savoir du repos…il aurait suffit de me faire rentrer à l’hôpital sur mes deux jambes et de m’administrer des calmants efficaces puisque c’est tous ce que je demandais et non pas de me violenter tel qu’on l’a fait. Les infirmières avaient conseillé à mon mari de faire une demande d’internement pour qu’il puisse par la suite autoriser ma sortie et ce fut le cas au bout de 10 jours quand je lui demandais de bien vouloir signer ce papier.

Le temps que j’ai passé à l’hôpital m’a fait énormément de bien, j’étais très vite calmée et j’adoptais sans difficultés la routine du service en acceptant sans broncher ses règles de fonctionnement. Je discutais avec les autres patients, j’essayais d’être gentille avec eux, de les faire rire. Bref, je me laissais soigner comme j’aurais voulu qu’on le fasse d’entrée.

Je considère ce qui m’est arrivé comme véritablement scandaleux. Si je n’avais pas été à ce point en demande de soins, j’aurais contacté les médias pour les informer de la manière dont j’ai été traitée. Cela tombait bien puisque nous étions par le plus grand des hasards … dans la « semaine de l’autisme » !!!

Tout ce parcours est derrière moi à présent, oublié et digéré. Malgré cet incident, à 40 ans, je peux dire réellement que je suis née le 11 mars 2005 en remportant une belle victoire : celle de la vérité contre l’obscurantisme, celle de la sincérité totale envers soi-même et envers les autres.

Depuis mon diagnostic, j’ai fait d’énormes progrès. J’ai appris à développer mes relations avec mon entourage. Je me suis fait un couple d’amis. Je commence à présent à m’intéresser aux autres plus qu’à moi-même et je me suis libérée de mes vieux démons. Je n’ai plus de haine vis- à- vis de Madame D., plus de ressentiment vis-à-vis des psychiatres et je suis presque prête – et riche de mon expérience – pour une autre vie.

Surtout je n’ai plus aucun sentiment de culpabilité comme si j’étais capable d’assumer chacune de mes actions. Je suis en harmonie totale avec moi-même et ma conscience. J’ai fait ce que j’avais à faire. J’ai dit ce que j’avais à dire tout en préservant l’intimité de ma famille et mon jardin secret : comment faire mieux ?

Si je pouvais donner un seul conseil aux parents d’Aspergers, ce serait de laisser leurs enfants » bouffer de la vache enragée » et pour cette fois, je ne me trompe pas sur le sens de la métaphore. La souffrance fait partie intégrante de la vie. Comment la concevoir sans mort ni maladie ? Loin de moi l’envie de choquer les parents d’Aspergers avec lesquels je compatis mais je me réfère à mon expérience personnelle. De la souffrance naît l’expérience et de l’expérience et même si les échecs sont nombreux, l’espoir de ne pas les renouveler. Si vous souffrez parce que votre enfant est différent, il n’en souffrira que d’avantage Si vous lui donnez le sentiment d’être normal, comme l’ont toujours fait mes parents, vous ne ferez que l’aider d’avantage. Au besoin, aidez-le plus, aimez- le plus que les autres parce que la vie lui est plus difficile qu’à d’autres mais ne le stigmatisez pas pour ne pas le bloquer d’avantage dans son enfermement. Mes parents ont bien su prendre partie de leur lot de souffrance alors je pense que quiconque aime ses enfants peut en faire de même et retenir malgré tout ce qu’il y a de bon dans la vie.

Si vous m’avez lu jusqu’au bout, j’espère que mon témoignage sera utile à d’autres comme un message d’espoir pour un avenir enfin serein.

FIN !

6 commentaires à “Témoignage de Laure, femme asperger”


  1. 0 Tinuviel 12 juin 2008 à 16:20

    Bonjour Laure,

    J’ai été extrêmement émue, remuée, troublée, secouée … par votre témoignage. J’espère que mon commentaire vous parviendra par l’intermédiaire de ce site que j’ai découvert par hasard, et qui m’a harponnée.

    Merci de vous raconter avec autant de sincérité, de lucidité et d’honnêteté, merci pour tous les parents et les enfants qui pourraient être concernés, et merci pour les « simples » gens comme moi, qui découvrent votre univers à travers vos écrits, et qui en sont bouleversés et grandis.

    Je ne suis pas Asperger, du moins pas que je sache, mais certains passages de votre récit m’ont énormément chamboulée, comme une impression de vécu, comme quelqu’un qui me parlerait enfin d’un endroit connu. J’ai exactement le même âge que vous, je suis également de 1966, peut-être cela aide-t-il au sentiment de « communion humaine » que je ressens.

    En fait, je ne sais pas très bien ce que je veux vous dire, mais il m’était vital de laisser une trace de ma lecture à la fin de ce témoignage, et de vous remercier pour tout ce que vous avez donné à travers ces lignes.
    Un passage de votre histoire m’a particulièrement frappée, c’est quand vous dites :  » Combien de gens décèdent après une vie bien remplie sans même comprendre de quoi il en retourne ? Parce que jamais l’obligation d’aller au fond d’eux-même ne s’est présentée, parce qu’ils ont survolé la vie sans jamais en saisir le sens ».
    En effet, je pense que ce que vous avez vécu vous a permis, au-delà de la souffrance, de prendre conscience de vous-même de manière bien plus profonde que beaucoup de gens dits « normaux » et sans histoire. Et cette prise de conscience est généreuse, dans le sens où ce que vous donnez à travers vos mots et votre analyse personnelle est particulièrement précieux et enrichissant pour autrui, en tout cas ça l’a été pour moi.

    Encore merci, et recevez toutes mon amitié à travers ce modeste commentaire.

  2. 1 Syou Plé 14 juin 2008 à 11:26

    Bonjour,

    Comptez sur moi pour lui transmettre le message.

    Merci de votre passage.

  3. 2 LEBRUN 4 août 2008 à 21:05

    Bonjour, Laure, je m’appelle Hugues, et je suis autiste tout comme vous, et je connais une Laure sur mon msn (est-ce vous?), si non, prenez cette adresse qui est mon msn (je me ferais un plaisir de causer autisme avec vous):

    asiafan2046@hotmail.fr

    Je vous prie de m’excuser mais je n’ai pas lu jusk au bout votre témoignage (flémingit aigue, lol!)

    Je vous souhaites une bonne continuation.

    Hugues.

  4. 3 Syou Plé 6 août 2008 à 20:56

    Bonsoir,

    Il s’agit bien de la même Laure. Elle m’a déjà parlé de vous.

  5. 4 Michel 5 mar 2009 à 11:56

    Bonjour Laure,

    Merci pour votre témoignage qui m’a très fort ému. Je suis papa d’un fils formidable de 8 ans qui vient d’être diagnostiqué Asperger après 4 semaines d’observations en unité de pédo-psychiatrie à Bruxelles en Belgique.

    Je me doutais un peu que ce serait un trouble du genre. Sur internet je tombais sur la Dyspraxie ou bien sur Asperger (ou autisme de haut niveau).

    J’ai beaucoup de mal encore à accepter l’étiquette fluo qui est placée sur mon fils… je suis fort anxieux quant à son bonheur, son avenir. D’un autre coté, votre témoignage m’apporte le coté positif de savoir ce qu’il a de manière précoce et de mettre tout en place pour – sans le stigmatisé – lui apporter le soutien nécessaire à faire face aux « autres » de ce monde qui n’est pas totalement le sien.

    Certains « Asperger » sont sur des forum aux noms évocateurs comme « Oops Wrongplanet », ce n’est pas pour rien.

    j’espère avoir la force de faire le bon choix en apprenant à mon fils à être fier de ce qu’il est et de ce qu’il fait, même si il devra comprendre un jour qu’il est différent mais que ce n’est pas trop grave car nous le sommes tous.

    Merci encore et que la vie vous apporte plus de sérénité et de bien être.

    Très cordialement,
    Michel

  6. 5 Syou Plé 13 mar 2009 à 7:13

    Michel,

    Je vais transmettre le message à Laure.

    Merci de votre visite.

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Une belle contradiction

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Notre plus grand combat nous oppose à nous-même !

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