Lettre à André

Bonjour,


Pour commencer, j’écris cette lettre sur l’ordinateur car j’écris horriblement mal à la main.


J’étais en train de lire un livre, – somme toute passionnant – quand le personnage pensa à des actions non réalisées, un remords que son père a dû éprouver, le rendant si malade.

Cela, pour une raison que j’ignore, m’a fait penser à ma vie, si courte soit elle, à mon passé, et aux choses qui pèsent lourdement sur mon coeur ainsi qu’aux choses que je me devais de dire aux personnes concernées. Je dois vous avouer que ces personnes sont peu nombreuses mais vous en faites partie. Vous êtes sans doute celle à qui j’avais le plus envie d’écrire, ceci étant la meilleure façon pour moi, si réservé, si timide, de m’exprimer. Vous avez sans nul doute été, dans ces personnes, celle qui m’aura apporté le plus de moments de joies dans mon enfance. Je ne pouvais pas continuer à vivre sans dire tout cela.


Bien souvent, j’ai pensé à vous, dans mes souvenirs heureux, mais également dans mes grands regrets, pour les choses que j’aurais bien voulu voir se passer autrement.

Je crois que vous avez toutes les raisons du monde de nous en vouloir et évidemment, je comprendrais. C’est dommage, je ne vous connais pas assez, j’aurais bien voulu le faire davantage. En tout cas, ce que je connais de vous, ma vision de vous, est certes plus qu’honorable. Je sais au combien vous êtes généreux, votre coeur je le sais , est grand. Vous semblez seul, mais pourtant, je vous trouve très noble et par conséquent pouvant attirer de nombreuses personnes, mais je rentre sans doute ici trop dans votre intimité; ce qui n’est pas mon but. Loin de moi l’envie de vous gêner, bien au contraire.


Pour vous expliquer de façon simple et concise la chose : après la mort de mon frère, je me suis renfermé totalement sur moi-même; le mal être provoqué chez moi n’ayant jamais été entendu. Celui-ci a réveillé des troubles que je devais déjà posséder dans mon for intérieur. Ensuite, pour savoir d’où ils viennent exactement, c’est une longue histoire. Certains se sont développés bien plus tard, comme une phobie sociale et même une agoraphobie. Tout ceci est lié aux autres, rendant ainsi insurmontable la visite de mes proches ( famille, amis, etc… ). Pour tout vous dire, je ne pouvais plus sortir de chez moi dans le paroxysme de la maladie. Je vous passe les détails. Ceci n’est pas une excuse mais bien la dure réalité. J’ai réussi à m’en sortir un tout petit peu, bien que je sois encore dedans et pas complètement guéri. Je vous écris donc pour vous dire ce que je devais absolument vous dire.


Il est dur de savoir ce dont un enfant peut se rappeler et comment celui-ci peut percevoir le monde à son âge. En tout cas, je n’ai que de bons souvenirs de vous. Je me rappelle surtout des longs après-midi que nous passions au parc du Thabor, ces longs moments d’insouciance dont nous ne voulions pas qu’ils prennent fin. Quand vous insistiez pour que nous allions voir les canards parce que vous les trouviez si beaux ou encore la grotte qu’on avait parfois du mal à trouver. Pour finir, vous nous emmeniez voir les plantes que j’ai d’ailleurs appris à apprécier. Quand je vais dans ce parc, je suis obligé de penser à vous, à nos moments ensemble, moi, Mad et Nico. C’était l’un des plus beaux moments de ma vie. Je ne l’oublierai jamais. Vous étiez si attentionné. C’est vrai qu’avec nous il en fallait de la patience. Rarement, je vous ai entendu hausser la voix alors que parfois, il y aurait eu de quoi. Mais non, vous étiez toujours calme, fidèle à vous même. Longtemps je vous ai pris pour un membre de ma famille. D’ailleurs mon ex-copine avec qui je suis resté 5 ans et demi, le croyait, il me semble. En tout cas, elle savait que pour moi, vous étiez plus qu’un simple ami.


Je me souviens aussi des repas que nous avions le dimanche soir, avec vos commentaires sur les films passant sur TF1, pas toujours d’accord avec l’avis de notre père. Ces films vous rappelaient certains moments de votre vie ou des anecdotes que vous nous racontiez. A ce moment là, le film n’avait plus guère d’importance pour moi. J’écoutais, même si je n’en avais peut-être pas l’air. C’était passionnant. J’étais comme transporté dans le passé, m’imaginant les scènes que vous décriviez avec passion. Pour tout vous dire, cela agaçait quelque peu mon père qui disait : << C'est bien gentil, mais avec André nous n'arrivons jamais à suivre un film >>. Ca me faisait rire car c’était pour la bonne cause et de plus, il faisait pareil quand ceux-ci lui rappelaient des souvenirs également.


D’ailleurs, ce qui est embêtant quand on est enfant, c’est que nous ne sommes pas conviés aux discussions d’adultes et ne pouvons pas y prendre part. Ce qui est regrettable je trouve, car j’ai pu constater plus tard, que mes parents se disputent souvent pour de misérables causes qui n’en valent pas la peine. Je suis lassé de vivre dans mes souvenirs, ne pouvant en créer de nouveaux.

Vous êtes donc parti, du jour au lendemain, et nous n’avons rien compris. Ca m’a beaucoup attristé, sûrement plus que vous n’imaginez. J’aimerais tant que vous reveniez chez mes parents, nous voir tous. Mais je rêve sans doute, comme toujours. Si ce monde d’adultes était aussi simple que celui des enfants, le problème aurait été réglé bien plus facilement. En tout cas, vous me manquez énormément et ce, depuis longtemps. J’espère que vous aurez compris, au combien je pense à vous. Je pense ne pas me tromper en disant que c’est réciproque.

Si vous vous êtes imaginé une quelconque ingratitude de ma part et de celle de mon frère, sachez que malgré des apparences somme toute trompeuses, c’est faux. J’ai rédigé cette lettre mais les pensées de mon frère, en ce qui vous concerne, sont similaires.


Vous pouvez me répondre par écrit. Sachez encore que mes mots ici sont pesés mais mes sentiments sont bien plus forts.


Je vous laisse ici mon adresse, peut-être m’enverrez-vous une lettre, qui sait.


Adresse : ********** 35*** Liffré. ( Mes parents ont changé d’adresse ).


PS : J’ai oublié de parler des bonbons : les Stoptou

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